L'amant du métro

Romance érotique qui se lit d’une traite.
Nouvelle.

Le couple de Lise bat de l’aile depuis pas mal de temps, pourtant elle se refuse à l’admettre. Tout comme son attirance flagrante envers Jason, véritable brute au charme indéfinissable, croisé quotidiennement dans le métro.

Il faudra bien qu’un jour, elle ouvre les yeux et cet homme pourrait bien l’aider à y parvenir.

L'amant du métro

Mon Dieu ! Il est immense ce type !

Ce fut ma première réaction alors qu’il montait juste après moi dans le métro. Je ne l’avais jamais croisé auparavant ; ce devait être un nouveau venu dans le quartier. Mais ce qu’il pouvait être imposant, il surplombait tous les autres usagers. Oui, tous. Il dépassait le mètre quatre-vingt-dix, je l’aurais juré. Et son look ! De longs cheveux bruns terminés par des mèches blondes, une barbe épaisse. Un véritable bûcheron. Son regard ténébreux annonçait clairement Venez pas m’chercher. Ce n’était pas mon intention. Je détournai les yeux au moment où il posa les siens sur moi et fis mine d’observer dehors. Pas de chance nous étions dans un tunnel et la vitre me renvoya mon reflet. De toute façon il devait me prendre pour une sorte de bécasse lui aussi. Mes cheveux bruns étaient relevés en un chignon boule et je portais une robe droite un peu stricte. J’avais tout du cliché de la secrétaire coincée, pourtant je travaillais comme assistante-fleuriste.

Je jetai un nouveau coup d’œil dans sa direction, il fixait droit devant lui, il avait l’air du type qui n’avait pas beaucoup dormi, légèrement cerné. Ou alors comme dirait l’une de mes meilleures copines, Monica, il avait dû baiser toute la nuit.

Ça devait faire mal de faire ça avec un homme aussi… est-ce que tout était proportionnel chez lui ? Quelle idée de penser ça d’un inconnu. Mais on aurait dit une star du catch. Grand, large, musclé. Il se mit à bâiller sans utiliser sa main. Je plaignais ceux à proximité s’il avait l’haleine chargée.

Je soupirai et regardai la montre à mon poignet. Ce trajet était trop long, si au moins Émilien daignait accepter de déménager. Il n’avait pas l’air de comprendre combien c’était fatigant et stressant de prendre le métro chaque matin et chaque soir, il avait sa voiture lui. Et ne risquait pas de se faire agresser. Cette ligne n’était pas la pire de toutes, mais loin d‘être tranquille. Il arrivait parfois que des ivrognes ou des membres d’une bande montent et cherchent les passagers. Il y avait quelques jours à peine, une femme s’était fait voler son téléphone, avant de déguerpir ils lui avaient mis une droite. La pauvre avait saigné du nez et pleuré durant tout le reste de trajet. Personne n’avait osé bouger, il y avait de quoi.

Mince ! Et si ce type était de ce genre-là ? Trois ados avaient réussi à faire flipper tout le wagon alors un gars comme lui…

Il s’aperçut que je le regardais encore et ne cessait de fixer par ici maintenant, c’était bien ma veine. Vivement que je descende. Pourquoi était-ce si long ?

Ah oui, parce que monsieur Émilien refusait que l’on habite en ville. Il disait que c’était trop cher, comme s’il n’en avait pas les moyens. Il aurait suffi de prendre un appartement un peu plus petit. De toute façon il ne voulait pas d’enfants. De toute façon, pour en faire, il faudrait qu’il me touche. Ça faisait combien de temps déjà ? Il y avait de quoi déprimer rien que d’y penser. Hier, alors que je réalisais une commande, un montage floral pour le premier anniversaire d’une boutique à Montmartre, je m’étais souvenue que j’avais déjà participé à celle destinée à l’ouverture, une année auparavant. Les fleurs étaient blanches pour l’occasion et je pus dire avec certitude qu’entre temps nous l’avions fait deux, voire trois fois tout au plus.

Est-ce qu’une fellation, ça compte ? Oui, ça compte, alors six. Six sur douze mois, cela faisait une moyenne d’une galipette bimensuelle. C’était peu. Non, c‘était pire que ça, cela se reportait que sur la première moitié. En fait ça devait faire six mois qu’on n’avait rien fait du tout.

Était-ce le début de la fin ? Est-ce que je ne lui plaisais plus ? Est-ce que trois ans de vie commune étaient notre limite ?

Est-ce que je l’aimais encore ?

Cela faisait partie des questions auxquelles je ne parvenais pas à donner de réponse.

Enfin j’arrivai à bon port, je descendis, le géant demeura à l’intérieur.

 

***

 

Je passais ma vie dans le métro ! J’avais cette impression dès que j’y mettais le pied. Je rentrais chez moi. Ah tiens ! Le bûcheron était encore là. Assis cette fois, je ne l’avais pas remarqué. Pour avoir trouvé une place à cette heure, il devait venir du bout de la ligne.

J’étais debout, agrippée à la pole. Il existait des femmes qui parvenaient à danser de manière sexy et acrobatique là-dessus, moi j’étais juste bonne à m’y tenir pour éviter de tomber.

Il avait l’air en meilleure forme, il était étonnant ce type. Moi je me sentais froissée comme un emballage de hamburger. Il était plongé dans je ne sais quoi sur son téléphone, il se mit à rire. Finalement, comme ça il était moins effrayant. Peut-être même qu’il s‘amusait devant une vidéo de chaton mignon, allez savoir.

Il descendit à ma station et j’en profitai pour l’observer un peu de dos. Il avançait, mains dans les poches. Sérieusement, il avait l’air plus enjoué que tout à l’heure. Monica aurait-elle eu raison ? Il devait surement retrouver sa copine. Je pariai qu’il serait de nouveau cerné demain.

Quelle chance elle avait !

Arrivée chez moi, je posai le courrier que j’avais récupéré sur la console dans l’entrée. Émilien n’était pas encore rentré. Cela devenait une habitude. Mais en même temps, s’il n’avait plus de motivation à me faire l’amour alors le reste…

Il ne rentrerait que lorsque je serais en train de préparer à dîner, comme chaque soir. Allumerait la télé pour suivre les infos, je ferais des commentaires sur les mauvaises nouvelles, il tâcherait de me raisonner sans comprendre que ce n’est qu’un défouloir, et la seule façon qu’il nous restait de communiquer. Oh je ne me plaignais pas tant que ça, il était gentil et répondait toujours présent si j’avais besoin de quoi que ce soit, y compris le ménage et les courses.

C’était juste au niveau intime que ça coinçait. Après le dîner, je finirais la vaisselle tandis qu’il choisirait le film ou l’émission du soir. Et si par le passé, je m’installais contre lui, ou allongée la tête sur ses cuisses, je me glisserais plutôt sous mon plaid et m’endormirais avant la fin à l’autre bout du sofa. Le film terminé, il me réveillerait pour que j’aille me coucher et tout recommencerait le lendemain. Toute la semaine.

Palpitant n’est-ce pas ?

 

***

 

Aujourd’hui nous étions vendredi. Et c’était officiel, le bûcheron catcheur était devenu un habitué de la rame. Malgré son gabarit effrayant, il se tenait correctement. Je ne savais trop comment le prendre, mais cette nuit j’avais rêvé de lui. Et ce n’était pas un rêve à proprement parler anodin. Ce devait venir d’une légère frustration, un manque. Ce n’était pas mon genre d’homme. Du moins, si j’avais un genre particulier. Je pouvais jusque là affirmer que j’aimais les garçons gentils et romantiques sur les bords. Il n’avait pas du tout le physique de l’emploi.

C’était bien ma veine, je fantasmais sur l’homme le plus improbable qui soit.

Et qui devait certainement se taper deux filles par nuit vu sa tête de déterré ce matin.

Oh mince, non ne surtout pas imaginer ça, une fois suffisait, je ne voulais pas rêver à nouveau de lui. Je n’avais fait que lui ôter sa chemise, lui tourner autour, profitant pour toucher sa peau. Je l’avais imaginé bien fourni au niveau du torse et j’avais glissé mes doigts dans sa pilosité. Ce n’était pas un songe typiquement pornographique, mais l’état dans lequel je m’étais éveillée le laissait supposer.

Ma vie était peut-être bien morne, mais je n’avais pas besoin de ça. Vraiment.

Je fus ravie de m’éloigner dès que ce fut possible. D’ici à ce soir, j’aurais sans doute tout oublié.

Ou pas. Lors de ma pause de midi, je téléphonai à Monica. En général, nous partagions ce genre de chose, plus pour nous psychanalyser l’une l’autre et terminer sur des conclusions rassurantes qu’autre chose. Pas cette fois, elle m’affirma que ce devait être dû à mon manque d’action côté galipettes. J’avais pourtant rêvé d’entendre tout sauf ça.

Je revins chez moi blasée et fatiguée. Il avait fallu honorer une commande pour un mariage, et notre cliente n’avait pas trouvé mieux que d’y ajouter trois centres de table, six bouquets ainsi que des décorations pour deux arches de plus à la dernière minute. Autant dire que j’avais désormais une vague idée de ce que pouvait être un entraînement intensif pour le marathon.

Il était déjà dans la rame, frais comme la rosée. À croire qu’il dormait au boulot. Je me demandais dans quel domaine il travaillait, s’il s’y épanouissait. J’aimais le mien, mais j’aurais préféré des cadences moins épuisantes.

Et en plus, il regardait de mon côté.

Par chance, un groupe descendit et libéra toute la banquette latérale. Je me ruai dessus. Ce que j’avais mal aux pieds ! Un homme fit de même et s’inséra entre moi et une femme qui portait des talons. Si elle devait tenir debout aussi souvent que moi, je la plaignais. Le gars s’installa à son aise, écartant largement les genoux. Il faisait preuve d’une telle incivilité ! Évitant de me retrouver contre sa cuisse, je me rapetissai sur le bord de la banquette. L’autre dame du en faire autant. Il sortit son portable, lança un jeu assez bruyant tout en se penchant et pris ses aises de plus belle. Je levai les yeux au ciel, cette fois, il me collait franchement. Je n’aimais pas trop ça. Je tâchai de reculer de nouveau, sans succès. Il devait être fait de caoutchouc expansible, plus je m’éloignais plus il se rapprochait.

— Excusez-moi, je manque de place.

— Descend si ça te plait pas.

J’aurais dû le deviner, s’il se montrait si discourtois d’entrée de jeu, c’est qu’il se moquait complètement de déranger. Au contraire, il insista et me donna un coup de hanche bien senti.

— Hey !

Oh ! Ça c’était la voix du grand ténébreux. Le genre de tonalité virile capable de réveiller les instincts les plus primaires chez une femme en manque comme moi. Il regardait par ici et vraisemblablement, il avait remarqué la scène.

— Ça te dirait d’être plus respectueux et de moins t’étaler ?

C’était sympa de sa part, mais il ne bougerait pas, à moins d’être impressionné par sa carrure. Et il n’en avait pas l’air.

— Tu crois que tu me fais peur ? Va jouer avec tes hormones Ducon.

En effet, il n’avait pas peur.

La rame stoppa, la double porte en face de nous s’ouvrit, laissant sortir quelques passagers lorsque le bûcheron empoigna le gars sans peine par le col de sa chemise, et le tira sur le quai. Il lui donna ensuite une accolade sur l’épaule et recula afin de remonter juste à temps. Abandonnant cet abruti sur le quai sans rien comprendre ce qui lui était arrivé.

— Chez moi, c’est pas de la gonflette… Ducon, lui répéta-t-il sur le même ton.

Je demeurai stupéfaite alors qu’il regagnait sa place, tout à fait calmement.

— Merci monsieur, lui fit la dame de l’autre côté. Les gens sont tellement mal élevés de nos jours.

J’aurais dû le remercier moi aussi, mais je restais bouche bée. Il l’avait empoigné comme s‘il ne pesait rien. J’aurais eu du mal à en faire autant avec un simple gosse.

Mon téléphone vibra, tirant de ma contemplation, bouche ouverte.

Je le sortis de mon sac, j’avais reçu un message. Monica avait-elle d’autres théories à me faire partager ?

Le métro stoppa de nouveau et se vida de moitié. La banquette à côté de moi était libre, pourtant il demeura debout. Et le SMS était d’Émilien. Oh non…

[Dîner d’affaires ce soir, ne m’attends pas. Bisou.]

Je restai figée devant mon écran. Ça sonnait le début de la fin. Avait-il une liaison ? Si oui, avec qui ? Depuis quand ? Est-ce qu’il allait se décider un jour à me l’annoncer ? Qu’est-ce que j’étais censée faire ?

Mais je m’emballais trop vite, c’était peut-être la vérité. En général, ses repas professionnels se faisaient à la pause déjeuner, mais pourquoi pas. J’entamai une réponse lorsque cela vibra de nouveau.

J’en avalai de travers manquant de m’étouffer. Une dizaine de paires d’yeux se tournèrent vers moi brièvement avant de repartir dans le vague, sauf lui.

Qu’est-ce que c’était que ce message !

[Mets la chemise noire, c’est plus sexy. T’inquiètes j’ai réservé.]

Hein !

Il me faisait quoi là ? Il s‘était trompé de fenêtre avec celle sa pouf ! Chemise noire sexy ! Je vais t’en donner des chemises noires sexy !

[Quelle réservation ?]

L’attente de la réponse fut longue. Cherchait-il une excuse ? C’était pas vrai ! Il m’avait écrit à moi ! J’arrivai à destination, descendis suivie par monsieur muscles et râlais intérieurement lorsque la notification se fit entendre.

[J’y vais avec Agatha. Contrat important, c’est mieux si elle présente bien. Et réservé le resto bien entendu. Dors bien mon ange.]

Il se fichait de moi ! Agatha était son assistante et c’était lui qui parlait de réservations. Réservation d‘une chambre à l’hôtel oui ! Je fulminai et rentrai chez moi en pétard, puis redescendit peu à peu. Il allait me larguer, j’étais au courant, à présent il allait forcément le faire. Je me retrouverais seule dans cet appartement vide, avec le projet d’adopter un chat pour me tenir compagnie.

Je n’avais pas envie de ressasser ça toute la soirée, j’espérais juste une fin de journée sympa, classique. Mais s’il passait du bon temps, alors moi aussi !

[Très bien mon chéri, au fait je sors avec mes copines ce soir.]

Et toc ! À toi d’être suspicieux et jaloux. Mais il ne me répondit que :

[Amuse-toi bien.]

Dépitée, je me plaignis auprès de mes deux confidentes. À l’unanimité, elles décidèrent de me sortir ce soir.

— Je connais un endroit idéal pour chasser tes idées noires, m’assura Monica.

 

***

 

J’avais opté pour une petite robe noire, pas trop courte, mais aux épaules nues et des escarpins. Mes pieds allaient me haïr, mais pas mon miroir.

Monica et Muriel arrivèrent en même temps, je les soupçonnais de s’être donné rendez-vous en bas pour s’arranger sur le lieu de destination.

Et elles avaient l’air d’accord.

— Devine, c’est à dix minutes de chez toi, c’est ouvert depuis moins de trois mois, c’est… c’est… ?

— Aucune idée.

— Le club de strip-tease sur l’avenue.

— Ah ? Il y a un club de strip à côté ? Et quel intérêt d’aller regarder des seins se balancer toute une soirée ?

— Pas des seins, des pectoraux, reprit Muriel. C’est une boîte exclusivement masculine.

— Et homo ?

— Quelle importance ? On y va pour mater.

Elles avaient raison après tout, ce n’était que pour le plaisir des yeux. J’étais sans doute cocue à ne plus passer les portes, je me devais au moins ça.

L’ambiance était telle que pour un club où s’exhibaient des filles, excepté que les serveurs étaient tous des beaux gosses ne portant qu’un boxer moulant ainsi qu’un nœud papillon. Je devais avouer que ce détail me fit beaucoup rire.

Une espèce de cow-boy se dandinait sur la scène, il mimait quelques mouvements obscènes, entre rodéo et coït en levrette. Les femmes présentes en majorité étaient déchainées, mes copines ne furent pas longues à les imiter.

— On va se mettre là, pour mieux voir.

Le nez pratiquement sur les fesses du gardien de vaches, pour bien voir il n’y avait pas mieux, en effet. Elles m’installèrent face au spectacle.

— Je n’ai pas pensé à prendre du liquide.

— Pas de soucis, on va dire que c’est pour ton anniversaire en avance. Vous avez prévu quelque chose toi et Émilien ?

— Heu non.

Et je n’avais pas trop envie de le mêler à la conversation, son image dans une chambre d’hôtel avec son assistante me suffisait déjà.

— Garçon ! hurla Monica.

— Et toi ? demandai-je à Muriel. Comment ça va avec ton plan cul ?

— Oh… disons que j’ai envie que ça aille plus loin.

— Qu’est-ce qu’il y a de « plus loin » que de baiser ? questionna mon autre amie.

— Je sais pas, qu’il soit vraiment mon mec et pas juste des rendez-vous. Qu’on sortent ensemble ou même qu’on vivent ensemble. Un jour.

— Et qu’est-ce que tu fais de ton indépendance ?

— Mon indépendance ne me tient pas compagnie quand je rentre chez moi. Elle ne vient pas non plus me chercher au boulot pour m’emmener dans un endroit sympa et me détendre après une longue journée. Elle est là juste pour me rappeler que je n’ai aucun projet d’avenir allant plus loin que la sortie du week-end prochain. Et j’en ai marre. Je vais avoir vingt-six, j’ai envie d’autre chose. Du concret, de la stabilité. Tiens comme Lise.

— Les cornes en moins, fis-je à mon tour.

L’ambiance était fichue, l’on pouvait presque imaginer de petits nuages noirs au-dessus de nos têtes. Heureusement, cela ne dura pas bien longtemps.

— Regarde ce qui arrive ! enchaîna Monica. Ça, c’est du mec.

Encore un grand et beau jeune homme, me dis-je avant de lever les yeux vers… le géant du métro.

Lui aussi sembla surpris puis embarrassé. Il reflétait l’assurance personnifiée d’habitude, mais pas cette fois. Un coup d’œil de bas en haut et je pus vérifier que mon rêve de l’autre jour reflétait bien la réalité. Son corps était musclé à la perfection, huilé et bronzé. Un teint un peu exotique que je ne parvenais pas à identifier. Seuls les tatouages manquaient dans mes songes. Le haut de ses bras, ses épaules et sans doute son dos étaient couverts de symboles tribaux.

— Jason pour vous servir mesdames, que désirez-vous ?

Cela ne manqua pas, Monica se lâcha.

— Je ne sais pas, vous ?

— Désolé, répondit-il avec un ton charmeur très professionnel. Je ne figure pas sur la carte.

— Un mojito, lançai-je avant qu’elle n’aille plus loin.

Ce choix fut triplé et Jason — joli prénom — repartit. Je ne pus m’empêcher de le suivre des yeux.

— Tu le trouves comment ?

— C’est le gars du métro !

— Quel gars du métro ? demanda Muriel à demi offusquée. Pourquoi on ne me raconte jamais rien à moi ?

Je lui expliquai donc toute l’histoire, le rêve en bonus. Au moins, après cela, aucune ne songerait à le draguer sous mon nez. Je me voyais mal évoquer leurs galipettes le week-end tout en affrontant sa présence le reste de la semaine. Mais quelque chose me disait que je n’en finirais pas d’entendre parler de cette soirée et de cet homme.

Mais au fait ! Voilà pourquoi il était cerné chaque matin et en forme le soir. Il prenait le métro de six heures pour rentrer dormir après sa journée de boulot et non l’inverse. Tout s’expliquait. Alors ? Pas de plan cul ?

Pas de trio torride ?

Pas de petite copine ?

Avec de tels horaires, à moins de se faire une cliente, cela me semblait ardu.

— Tu crois que les serveurs font des extras, demandai-je innocemment, poursuivant le fil de mes pensées.

— On peut le lui demander. Hey ! Garçon !

— Non non, je ne veux pas coucher avec lui, je me demandais juste.

— Je ne crois pas ou alors en dehors du boulot.

Sans compter qu’il devait abriter un monstre sous son caleçon. Contrairement à mes copines, cela me fichait plus le tournis que susciter le désir.

Il revint très vite avec nos boissons, je me jetai dessus. Sur mon verre bien entendu, pas sur lui. L’ambiance propice au batifolage m’avait rendue certes moins critique envers cet homme, mais je n’en étais pas moins réticente à sympathiser.

Il me faisait toujours un peu peur tout de même.

Je me reportai sur la scène plutôt que vers la salle, deuxième tournée annoncée par Muriel qui, la première ayant déjà fait son effet, appela elle-même le serveur. Et là, ce fut un grand blond au regard azur qui arriva. Qu’avaient-ils fait de notre ténébreux homme des bois ?

— Hello mes belles, Chris pour servir, que désirez-vous ?

Nouvelle tentative de soudoiement la part des filles, ce qui le fit sourire et refuser poliment.

Mince ! Il ne voulait plus nous servir au quoi ?

Intérieurement, je boudais. Sans trop savoir pourquoi puisqu’au fond c’était mieux ainsi. Son air gêné de tout à l’heure avait parlé de lui-même.

Le show se termina, je n’avais même pas fait attention s’il avait gardé son string ou non finalement.

— Et maintenant, le chéri de ces dames ! Cette fois encore, l’une d’entre vous aura le plaisir de le rejoindre sur scène.

Subitement, telles des harpies un jour de soldes, toutes les femmes se levèrent et gesticulèrent. Y compris à ma table, je me fis toute petite.

— Ici ! Ici ! C’est son anniversaire ! Par ici !

— Un anniversaire ! Heureux anniversaire ! Venez par ici.

— Non non, je suis bien là.

— Allez !

Toutes deux me tirèrent vers le haut, maintenant que je me trouvais dans la ligne de mire de toutes les envieuses, je risquais de me faire écharper si je refusais. Ce ne devait pas être la mer à boire, juste le mater de près et sentir sa sueur. Je devrais y survivre.

L’animateur se retira, la musique ainsi que les jeux de lumière le remplaçant lorsqu’une ombre chinoise drôlement balèze apparut de derrière un linge blanc. Celui-ci tomba.

— Oh non…

Jason. Vêtu d’une combinaison de carrossier une pièce. Il gagna le centre de la scène et freina lorsqu’il m’aperçu debout. Il ne devait pas être plus ravi que moi. Puisqu’il ne pouvait se défiler, il s’avança et me tendit la main afin que je monte les quelques marches. Elle était brûlante. J’avais chaud. Lui aussi vu son front luisant.

C’était sa sueur que j’allais sentir.

Il me fit asseoir sur un tabouret de bar et, lentement, fit glisser sa fermeture éclair. J’avais déjà vu ce qui se cachait là dessous, pourtant mes yeux ne pouvaient se porter ailleurs, prenant le même chemin que l’exquise descente jusqu’à la limite de la décence. Il ôta le haut, noua les manches à ses hanches et m’invita à toucher.

Et puis quoi encore ?

Mes mains ne répondaient plus, elles s‘étaient posées là où, dans ce fichu rêve, je les avais déjà posées. Au beau milieu de sa toison, glissant mes doigts comme dans un tapis épais. Il me guidait, sans me forcer ni me presser à le caresser jusqu’au nombril. Est-ce que cet homme aux allures de brute se faisait un gommage corporel hebdomadaire ? Sa peau était douce, bien que légèrement moite. Un peu comme moi à présent.

Il se tourna, et je devais l’admettre l’envers valait l’endroit. Vu de si près, j’aimais bien sa carrure au fond. Plus large qu’un Émilien, j’avais peut-être exagéré pour le côté catcheur. Non, elle était juste parfaite. À mes yeux du moins et dans l’état d’esprit présent. À savoir avec deux mojitos avalés en un rien de temps.

Sans qu’il ne m’y incite, je le touchai, suivant les courbes de ses tatouages fascinants, je sentais ses muscles rouler sous mes paumes puis se contracter. Ce devait être étrangement excitant de le sentir tout entier sur soi, dans une position typiquement indécente. Je me rétractai. Qu’étais-je en train de faire ? Tromper Émilien ? Avant même d’avoir la preuve de sa trahison ? Et d’ailleurs pouvait-on encore parler de trahison vu notre relation en berne depuis si longtemps ?

Il se retourna, me fixant.

— Tu en veux plus ?

Je dodelinai de la tête avant de me montrer moins incertaine, j’affirmai que oui. Il dénoua les manches de sa combinaison et tira d’un coup sec, arrachant les jambes son pantalon maintenues par des bandes velcro. Mis à part ses grosses godasses de chantier, il ne portait plus qu’un slip.

— Tu veux toucher ?

Mince ! Et confirmer mes estimations en rapport avec la taille de son sexe. Oui ! Non ! Enfin je ne savais plus très bien.

Je touchai son ventre et, avais-je trop bu ? Ne devais je pas voir les objets tourner autour de moi dans ce cas là ? Et non voir une certaine partie de son anatomie prendre du volume.

— Non, ça va aller.

En échange, il ondula des hanches de façon lascive, se rapprochant si près que cette fois, effectivement, je profitai de tout. L’irradiation de sa chaleur corporelle, son odeur. Je ne voyais plus que ses yeux.

Soudain ceux-ci disparurent. Non, ils n’étaient pas tombés par terre, c’était lui tout entier qui avait disparu, se mettant à genou devant moi. J’eus le réflexe de serrer les cuisses. Avaient-ils le droit de faire ça, y compris dans ce genre de club ? Il lécha mon genou, remonta jusqu’à la lisière de ma robe. Et ses yeux ! A croire qu’il souhaitait me dévorer toute crue.

— Je vais descendre maintenant, c’était très bien, fis-je la plus embarrassée du monde.

Fausse bonne idée, il en profita pour enfouir son visage entre mes cuisses dès qu’il en eut l’occasion, relevant mes genoux. Avec une telle force, impossible de résister. Je me retins désespérément au tabouret. Les femmes devenaient hystériques. Que comptait-il faire ! Il était fou ! La foule en moins, cette position était terriblement excitante. Je sentais la chaleur de son souffle juste là où la moindre caresse m’aurait transporté au firmament. Il avait vraiment le droit de me toucher ? Je sentis brièvement ses lèvres presser le tissu de ma culotte puis il se releva, m’aidant à quitter la scène.

J’en avais le tournis et revins à ma place en titubant presque. Je n’étais pourtant pas saoule, pas encore. Question alcool, je préférai dès lors m’en tenir là, c’était plus prudent. Les filles m’accueillirent à coup de C’était génial ! et C’était hyper sexy !

Pour moi, c‘était plus complexe, je voulais à la fois rentrer chez moi de toute urgence et retourner sur cette chaise avec lui après avoir fait disparaitre toute la salle.

Il revint alors que nous nous apprêtions à partir, ayant revêtu son costume de serveur si je puis dire. Il se posta devant moi, impossible de continuer avec cette montagne humaine qui me barrait la route.

— Tu te doutes que… que t’inviter chez moi ne serait pas évident, mais…

— Oui, tu… tu habites encore plus loin que là je bosse, ça fait une trotte.

— En effet. Mais toi tu…

— Je vis avec quelqu’un, avouai-je prestement.

Je regrettai cet aveu, mais c’était nécessaire. Je le sentais à deux doigts de me proposer de finir la nuit avec lui. Au moins, j’avais ma réponse à la question de tout à l’heure, il était possible qu’il se tape une cliente.

— OK, pas de problème.

Pourtant il sembla déçu, je ne souhaitais pas en rester là, mais je me voyais mal me jeter dans ses bras comme ça vu la situation. Le pire c’était que j’allais le revoir dès lundi matin.

Je rentrai chez moi avec l’espoir que cessent tous ces doutes, tant sur la liaison de mon mec que celle que j’avais failli faire naître ce soir.

 

***

 

Comme prévu le lundi suivant, il était là. La fatigue se lisait sur son visage. Il m’adressa à peine un coup d’œil et si, depuis cette soirée j’espérais qu’il adopte cette attitude, de l’avoir en face fit naître une petite boule au creux de mon ventre.

J’aurais peut-être préféré qu’il tente sa chance, ce qui était assez vache de ma part puisque je l’aurais repoussé. Et ce, malgré le comportement de plus en plus distant d’Émilien. Il était parti très tôt ce matin, prétextant une course à faire avant d’aller au boulot. J’étais encore au lit lorsqu’il quitta l’appartement. Elle lui manquait tant que ça qu’il ne pouvait attendre pour la rejoindre ?

C’est étrange comme l’on peut changer d’avis sur une personne, passant du coq à l’âne. Première impression, effrayant. Seconde impression, séduisant. Quelle serait la troisième. Était-ce judicieux qu’il y en ait une ?

Je reluquai ma montre-bracelet, vivement ma station.

Au moins, la journée fut jalonnée de bonnes nouvelles. Une commande importante était arrivée aujourd’hui, mais nous avions un délai raisonnable pour la terminer. Et notre cliente précédente — celle aux décorations de mariage de dernière minute — nous avait appelés pour dire qu’elle était ravie et nous ferait bonne publicité.

Cela n’enleva pas mon appréhension de le recroiser au retour pour autant.

J’y avais pensé toute la journée, tentant en vain de me l’ôter de la tête. À tel point qu’il m’avait fallu vider mon sac auprès de ma patronne. Elle aimait bien les potins, elle fut servie.

— Donc, tu rencontres un homme disons, particulier, mais séduisant. Il se comporte en gentleman, puis s’avère être une sorte de bombe sexuelle. Et pendant ce temps-là, ton couple quasi mort depuis des mois est sur le point d’exploser. Je ne vois pas le problème.

— Comment ça ?

— Tout tombe au bon moment au contraire. Parle à Émilien, confie-lui tes doutes et surtout fais-lui comprendre que tu voyais les choses venir, que tu acceptes la rupture. Restez bons amis. Après tout, vous ne vous êtes pas entre-déchirés, vous ne vous aimez plus, tout simplement. Ça arrive. Puis saute sur ce type ! Ne le laisse pas filer !

Sa conclusion aurait pu me paraître parfaite si elle avait concerné qui que ce soit d’autre. Après trois ans de vie commune, même bâclée sur la fin, ce n’était pas facile de prendre cette décision.

Au retour, j’allai m’asseoir sur la banquette latérale, il y restait une place de libre. Et le gars à côté de moi se tenait correctement, un livre à la main. Jason était là, toujours debout à côté de la porte. Je sortis mon portable, me détournant de l’envie de le regarder. Arrivés presque à destination, il s’avança vers moi, je faillis en lâcher mon téléphone. Il était si impressionnant que mon voisin de banquette leva le nez et se sentit dans l’obligation de lui laisser sa place sans qu’il n’ait rien demandé.

Il se posa à côté de moi, je me glissai vers l’extrémité. Le souci désormais n’était plus que je fuyais sa proximité, mais que j’avais terriblement envie d’en profiter.

— Je voudrais que l’on parle de l’autre soir, proposa-t-il d’une voix enrouée.

— Je ne vois pas que dire de plus.

— Donc tu as un mec ?

— Oui, nous vivons ensemble depuis trois ans.

— Et ça marche entre vous ?

— C’est une question piège ?

— Répond, simplement.

— Disons que c’est compliqué. J’ai l’impression que nous vivons une période de transition.

— Tu couches encore avec lui ?

Mais qu’est-ce que c’était que cet interrogatoire ! C’était marqué sur mon front ou quoi ?

— Ça, ça me regarde.

— OK.

Il n’insista pas, se leva et regagna sa place, je soufflai. Avais-je eu l’attitude d’une morte de faim l’autre soir ? Je m’étais pourtant retenue d’aller trop loin. Lorsque vint l’arrêt, je le laissai descendre et s’éloigner avant de prendre de la vitesse dès que je fus en direction de ma rue. Je montai quatre à quatre, enfonçai la clé dans la serrure et passai la porte pour me poser le dos contre elle.

Mince, cela devenait trop compliqué cette histoire. Ma patronne avait raison, je devais parler à Émilien et ce, dès ce soir. Que l’on mette tout à plat, que je sache où nous en étions.

Je pris les devants et lui envoyai un SMS.

[J’espère que tu n’as pas de rendez-vous ce soir, je voudrais qu’on discute de nous.]

Sa réponse ne tarda pas.

[Je serai là dans quelques minutes.]

Voilà, il était en route et tout allait se jouer. Rupture ou pas ? Et s’il ne souhaitait pas que nous nous séparions ? Si je m’étais trompée sur sa liaison ? S’il demandait à voir un thérapeute ou ce genre de chose ? Est-ce que j’en aurais envie ? Quel était le plus important ? Tenter de sauver un couple à la dérive qui à une époque, marchait plutôt bien, ou passer à autre chose ?

Mon cœur balançait depuis des jours, ne parvenant pas à se fixer.

Il revint effectivement un quart d’heure plus tard, il devait être en chemin pour avoir fait si vite. Je l’attendais dans notre salon, ayant vidé la moitié de la bonbonnière de cacahuètes. Il posa sa veste et son porte-document dans l’entrée avant de me rejoindre.

— Tu veux boire quelque chose ? me proposa-t-il.

Il avait toujours été très prévenant. Cela faisait partie des choses que j’aimais chez lui.

— Oui de l’eau, j’ai la bouche en feu à cause du sel.

Il sourit, comprenant d’où venait cet incendie et nous servit deux verres avant de s’asseoir face à moi. En face et non à côté, ce devait être un signe.

— Je crois que… que je sais de quoi tu voudrais parler. Entre nous, ce n’est plus comme au début n’est-ce pas ?

— C’est ça, émis-je timidement.

— Cela fait un moment que j’y pense moi aussi. Et que je cherche une solution.

— Émilien, tu me trompes ? lançai-je avant de ne plus en avoir le courage. Il y a une autre femme ?

— Pas d’autre femme non.

Je soufflai sans pour autant perdre ce poids sur ma poitrine. Il poursuivit après s’être rincé la glotte.

— Vendredi prochain c’est ton anniversaire, je voudrais te faire un cadeau spécial. Ce sera une surprise, j’y tiens.

Alors il songeait à nous donner une chance, il n’y avait pas d’autre femme. Devais-je anéantir ses bonnes intentions et lui dire simplement Non, j’ai peut-être rencontré quelqu’un ? Sans pour autant être certaine que cette relation ne serait pas éphémère.

***

Quatre jours à attendre ce moment où nous devions faire ce premier pas vers un nouveau départ. J’affichai durant toute cette semaine une mine indifférente envers Jason. Cela devait s’en tenir là entre nous. Il ne s’était rien passé après tout, rien de plus que ce qu’il offrait chaque soir aux clientes de la boîte où il travaillait.

Et puis cela ne me plairait pas de savoir qu’il se laisse caresser comme ça par n’importe qui avant de rentrer à la maison. Ses horaires étaient également impossibles à gérer, quand nous verrions nous ? Et il m’apparaissait toujours aussi… toujours trop… non, il n’était pas pour moi. Et inversement.

Émilien avait opté pour une tenue classe, mais décontractée. Une chemise ouverte au col, pantalon et chaussures de ville. Il était toujours très apprêté pour le travail et même les week-ends, il ne manquait pas d’allure.

Je me glissai dans une robe d’été, noire aux motifs fleuris ainsi que des escarpins, et laissai tomber mes cheveux que j’avais légèrement bouclés. J’étais prête et curieuse de voir où il comptait m’emmener. En tout cas, ce ne serait pas dans un club de strip-tease. Il savait que j’étais plutôt romantique. S’il y avait des bougies, une musique douce, une ambiance tamisée et une jolie vue, il aurait tout bon.

Je le rejoignis à sa voiture. Émilien quitta la ville, se dirigeant vers l’autoroute. Il avait sans doute choisi un endroit plus original qu’un restaurant du centre, j’avais hâte de voir ça.

Il s’engagea sur la sortie, fit encore quelques centaines de mètres et ralentit alors que nous arrivâmes en vue d’une propriété plantée au milieu d’un parc. Un panneau indiquait Antre de Cupidon. Chambres. Restauration. Parking discret à l’arrière.

Ne serait-ce pas un de ces hôtels de charme ?

Allions-nous de nouveau faire l’amour ce soir, après tout ce temps ?

Il entra dans le parc et fit le tour du bâtiment, suivant les pancartes. Celles-ci étaient ornées de petits anges portant un arc à flèches, il n’y avait pas d’équivoque sur la destination, cet endroit était bel et bien fait pour y passer la nuit sans y dormir pour autant.

S’il vint galamment ouvrir la portière, il ne me prit pas la main, il lui fallait sans doute encore un moment avant de retrouver nos anciennes habitudes. Je le suivis jusqu’à l’accueil, il y demanda sa clé.

Ah ? On ne mangerait pas quelque chose avant ?

Comme si j’avais parlé tout haut, il se tourna vers moi.

— Si tu as faim, tu pourras commander. Ils ont un service d’étage.

— Voici votre carte magnétique monsieur, fit l’hôtesse avec un immense sourire. Votre ami est déjà là, il vous attend.

— Merci.

Un ami ? Mais qu’est-ce que c’était que cette embrouille ! Il ne songeait tout de même pas à nous rabibocher en me proposant un plan à trois !

— Un ami ? C’est quoi cette histoire ?

— Tu vas comprendre, viens.

Cette fois, il me prit par le bras et m’entraina vers l’escalier. Je n’avais nulle envie de faire un scandale, mais cette histoire d’ami de dernière minute ne me plaisait pas du tout. J’allais rapidement expédier tout ça.

Chambre 11. Il ouvrit avec sa carte, poussa la porte et m’invita à entrer avant de refermer derrière nous. Il y faisait sombre et effectivement quelqu’un s‘y trouvait déjà assis au pied du lit, il se leva aussitôt.

L’ambiance tamisée, une musique douce en fond sonore, des bougies éclairaient la pièce. Il avait tout bon en effet. Et pour ce qui était de la jolie vue, j’étais servie. Surtout avec mes goûts de plus en plus spécifiques à ce niveau-là. Cette carrure, je la reconnus de suite. Grand, large, un modèle de star du catch. Et sa présence ici me remplit de tant de questions qu’elles se bousculaient sans que je puisse n’en énoncer aucune. Mis à part une seule.

Qu’est-ce que Jason faisait là ?

La surprise passée, je me tournai vers Émilien.

— Vous vous connaissez ? Depuis quand ? C’est quoi cette histoire ?

— Cela fait beaucoup de questions à la fois, sourit-il alors que son invité demeurait silencieux. Je connais Jason depuis peu, c‘est moi qui l’ai contacté. Il est à la fois présent pour ton plaisir et le mien.

Jason soupira bruyamment.

— Je pense sincèrement que nous devons franchir une étape. Épicer notre relation afin qu’elle redémarre. Cela fait des mois que nous n’éprouvons plus de désir l’un pour l’autre. Si nous tentons d’arranger cela par des pratiques… disons, plus originales, il y aurait peut être un espoir de cela fonctionne de nouveau entre nous. J’ai hésité à t’emmener dans une boîte échangiste, cela aurait été trop brusque, je pense. Mais j’y songe. Si l’aventure te plait.

— Pourquoi lui ?

Émilien savait très bien que Jason n’était pas le genre d’homme par lequel j’aurais pu être tentée, du moins jusqu’à récemment.

— J’ai parlé un peu avec Muriel. Je suis parvenu à lui tirer les vers du nez. Elle m’a tout dit sur cette soirée de vendredi.

Je tombai des nues sachant qu’elle avait été aussi pipelette, elle allait entendre parler du pays dès mon retour à la maison celle-là !

— Et tu crois qu’un plan à trois arrangerait tout ?

— Pourquoi pas ? 

— Tu es fou ?

— Tu acceptes ?

— Mais jamais de la vie !

— Juste une nuit, nous coupa Jason. Tu as ma parole, tu n’entendras plus jamais parler de moi ensuite.

Depuis quand Émilien se classait-il dans la catégorie voyeur ? Et depuis quand Jason se prostituait ? En fait, je ne le connaissais pas, il se mettait à nu devant des femmes, leur servait leur boisson préférée en sous-vêtements, il ne manquait plus que cela à la liste. Et je m’apercevais que je ne connaissais pas plus mon propre mec. J’étais comme face à deux inconnus subitement.

— Pourquoi veux-tu faire ça toi ? me tournai-je vers la montagne.

— Pour l’argent.

J’aurais préféré un Parce que tu me plais et qu’il me l’a demandé. Ça, c’était un coup bas.

Je me dirigeai vers la porte, ras-le-bol de leurs idées foireuses. Jason me rappela.

— J’ai besoin de cet argent et tu as envie de moi. Je l’ai vu l’autre soir, si tu n’avais pas eu de mec, si les choses avaient été différentes, je suis certain que ce serait arrivé, alors pourquoi pas aujourd’hui ? Il est d’accord. Juste une fois, sans chichis, sans lendemain.

Ma main stoppa sur la poignée. Oui, sans aucun doute. Si j’avais été totalement libre, et sans crainte que ce ne soit qu’un coup en passant. Qui sait. Mais les choses ne s’étaient pas présentées ainsi. Depuis le début je faisais tout pour éviter d’être tentée. Mince le ton de sa voix était suppliant, rien à voir avec la brute épaisse capable d’éjecter un mec juste pour son manque de civisme. Il avait vraiment besoin d‘argent ? Combien l’avait payé Émilien ?

— C’est pour quoi cet argent ?

— Pour redémarrer. Si je bosse dans cette boîte, c’est juste parce que c’est le moyen le plus rapide de s’en faire. J’ai mis ma dignité à la poubelle déjà, ne me force pas à te supplier. J’en ai besoin, c‘est tout.

Émilien portait son air le plus confiant sur son visage, il s’approcha du téléphone fixe de la chambre et colla le combiné à son oreille.

— Allo ? Chambre 11. Pourriez-vous nous monter une collation. Pour trois personnes, merci.

La situation m’échappait totalement, il pensait vraiment que j’allais accepter. Jason espérait vraiment que je le fasse. Et moi… moi je voulais autre chose. Je voulais rentrer chez moi. Je voulais une explication claire sur notre relation, pas de m’envoyer un autre homme devant mon mec. Même si cela les arrangeait tous les deux.

— Je sais que c’est difficile pour toi, tu as toujours été d’un classique…

— De quoi parles-tu ?

— De nos rapports. Je t’aime bien mon ange, tu es quelqu’un de bien, d’agréable à vivre. Mais je dois avouer qu’au lit, cela manquait de sel.

— Tu as un de ces culots !

Nous avions testé quelques positions tout de même. La levrette ou bien… hé bien… c’était déjà pas mal. Et pourquoi ne m’avoir rien dit s’il voulait autre chose ?

Le service d’étage ne se fit pas attendre et livra deux bouteilles de champagne gardées au frais, trois flûtes ainsi qu’un bol de fraises. Bien, nous étions dans Pretty woman à présent. À quand la séance shopping que l’on change de sujet ?

À ceci près que Jason était la prostituée, Émilien le mec qui riche et moi… qu’est-ce que je fichais là moi ?

— Et donc, tu veux regarder nous envoyer en l’air ?

— Pour commencer, oui.

Un nouveau mouvement de Jason me fit douter qu’il était totalement pour.

— Et avec lui ?

Émilien me répondit d’un sourire froid que j’avais rarement vu sur son visage, Jason tourna la tête tout en serrant ses bras autour de son torse. Oh merde.

— Tu es bi depuis quand ?

— Depuis toujours mon ange.

Cela devenait plus clair à présent. Un cadeau pour moi uniquement, mon œil.

— Et le coup de la chemise noire, pas de femme dans ta vie ?

— Tu commences à comprendre, je n’ai pas d’autre femme. Mais il y a un homme. De temps en temps.

Je jurai tout bas. Je le savais, il avait quelqu’un, je le savais. Cela devait s’en tenir là. Qu’il rejoigne son chéri et me fiche la paix. Nous fiche la paix. Bien que… Jason aurait toujours besoin de cet argent et cela semblait important. Mince, pourquoi c’était tombé sur moi !

Le concerné alla s’asseoir sur le lit, manifestement il avait baissé les bras. À ses yeux, j’allais refuser, forcément.

— Cet homme… Ce n’est pas lui au moins ?

— Non. Cela pourrait s’il apprécie mes faveurs. Il me plait bien.

— Ça suffit… prends une décision qu’on en finisse, jeta hargneusement l’intéressé.

— Tu es bi toi aussi Jason ?

— Non, fit-il dans un nouveau soupir.

— Et pourtant tu acceptes !

Mince, il avait drôlement besoin de ce fric pour accepter ça.

— Bon, au moins, j’aurai essayé de sauver notre couple et d’aider ton nouvel ami.

Je savais qu’Émilien bluffait et me poussait à prendre une décision rapidement en utilisant ce ton blasé. Et bien il allait l’avoir sa réponse.

— Bon d’accord, mais à MES conditions. Tu mates, tu ne touches à rien ni personne, tu t’assois là, tu sirotes ton champagne et tu regardes juste.

Oh Seigneur, qu’avais-je dit !

Haussement de sourcils masculins généralisé. Jason se releva, Émilien prit place. Le fauteuil était déjà prêt, situé dans l’angle de la pièce non loin de l’entrée. Offrant une vue imprenable sur le lit. Il se servit un verre, j’en fis tout autant, le vidai d’un coup sec et en rempli un nouveau.

Je venais d’accepter.

Pas un plan à trois, mais de coucher avec Jason. Là, comme ça.

Et devant mon mec !

Comment j’en étais arrivé là déjà ?

À la troisième flûte, j’ôtai mes escarpins et m’éloignai de celui qui avait manigancé tout cela. C’était un peu comme si j’étais tombée dans un piège, excepté que moi, j’aurais pu refuser. La victime la plus probable, debout à côté du lit, se délestait de sa chemise et dénudait ses pieds.

— Tu as vraiment envie de moi ? lui demandai-je redevenue moins entreprenante.

— J’aurais préféré qu’il n’y ait que nous deux.

— Il ne te payera pas s’il n’a pas ce qu’il veut.

— Alors il va en avoir pour son argent.

Il ôta sa ceinture, la laissant tomber à ses pieds, son jeans rejoignit le sol ensuite. Je baissai les yeux, non plus pour échapper aux siens qui me fixaient, mais pour constater qu’il portait ce caleçon moulant qui lui allait si bien.

J’étais si petite à côté de lui que j’aurais pu l’embrasser entre les pectoraux rien qu’en me penchant un peu. Au lieu de cela je me tournai, dégageai ma nuque et lui demandai de descendre la fermeture éclair de ma robe.

J’étais capable de le faire moi-même, mais… si nous en étions arrivés là autant le faire dans les règles. Oublier la présence d’Émilien, espérer qu’il respecte mes conditions et… et sentir ses mains caresser ma peau, des épaules jusqu’aux hanches, accompagnant ma robe dans sa chute. Les sentir ensuite remonter jusqu’à mon ventre, le palper pour plonger sous mes seins.

Il profita pour embrasser ma nuque, mon épaule, la base de mon cou et je fermai les yeux. Nous étions seuls, rien que nous et j’allais faire l’amour avec lui. Sans contrainte, juste parce que j’en avais envie. Qu’il en avait envie. Ses paumes virent se juxtaposer aux balconnets de mon soutien gorge, elles étaient si larges qu’il était capable de soupeser mon bonnet D sans qu’il ne déborde. Oh Seigneur… j’allais le sentir passer, c’était certain.

— Je t’ai toujours trouvé si sexy, susurra-t-il à mon oreille.

Les vibrations émises par sa voix firent naître d’agréables frissons. Il se colla à moi, je sentis chaque muscle de son torse ainsi qu’une protubérance dans le creux de mes reins. Il ne feignait pas. Et moi non plus. Il me retourna d’un coup, je me retrouvai face à lui, il avait une lueur dans le regard qui m’enflamma tout entière. J’allais prendre cher !

Il me souleva. Que faire dans pareille situation ? C’est mon instinct qui répondit le premier, je m’accrochai à son cou, entourai sa taille de mes jambes.

Il me fit sauter entre ses bras sans plus de peine que si j’avais été une poupée de chiffon et me récupéra, mes fesses entre ses mains. Ainsi soulevée, ma poitrine arrivait à hauteur de son visage. Il le pressa contre mes seins, pinça avec les dents le petit nœud décorant la dentelle et tira sans ménagement. Adieu petit bout de soie. Sa langue parcourut ma chair débordant à cet endroit. Quel sauvage ! J’en étais sûre ! Depuis le début je savais que… Ah !

Je rebondis sur le matelas. Allongée et soudainement surplombée par sa masse. Il me grimpa littéralement dessus, me recouvra tout entière sans pour autant m’étouffer.

— Jason, soufflai-je alors qu’il envahissait mon cou de baisers humides glissant jusqu’à mes seins.

Je sentis ses dents mordiller mes mamelons à travers la dentelle.

— Aille ! Jason !

— Désolé.

Il posa son visage un instant contre ma chair. J’entendis Émilien ricaner. J’avais failli l’oublier celui-là. Il devait se moquer, soi-disant que j’étais trop classique. Pourquoi pas frigide tant qu’il y était !

— Pas grave, je suis un peu douillette et je préfère lorsque cela dure longtemps.

Et prends ça dans les dents !

— Pas de soucis.

Il me délaissa un instant, j’eus presque froid tout à coup. Il fouilla les poches de son jeans et revint avec une boîte de préservatifs apparemment neuve, mais écrasée. Il la glissa sous l’oreiller.

Attendez ! Neuve ?

Il avait peut-être sauté moins de clientes que je ne le pensais.

— Tu crois qu’on en aura assez ? plaisantai-je afin de briser définitivement la glace.

— Ça va être juste, rit-il.

Il possédait un sourire assez fascinant, comme tout le reste d’ailleurs. Impossible de se l’imaginer rire franchement lorsqu’on le voyait la première fois, mais c’était communicatif. Je me sentais plus détendue, caressant son visage, sa barbe, je passai mon pouce sur ses lèvres. Sans m’en rendre compte, j’humidifiai les miennes. Il s’en empara.

Plus tendre qu’auparavant, il ne fut pas bien long à introduire sa langue, venant captiver la mienne. Installé entre mes jambes, je relevai celles-ci, ce baiser devait être le plus excitant que je n’avais jamais connu. Je sentais mon cœur pulser entre mes cuisses en de lourds coups sourds et profonds qui l’appelaient déjà à venir en moi.

Pas trop vite, je voulais profiter de tout avant. De ses lèvres, de ses mains, de sa langue. S’il pouvait la promener de nouveau, là un peu plus bas et sans me mordre.

Je bombai le torse, l’incitant à s’y rendre, ce qu’il fit sans faire prier. Une main se fraya un passage entre mon dos et le matelas, et se saisit de la fermeture de mon soutien-gorge. Il batailla brièvement avant qu’il ne cède et libéra mes seins de l’emprise du tissu, mais pas de ses baisers. Sa barbe me chatouillait, sa langue me trempait, mais je ne m’en plaignais pas. Il suçota mes mamelons, longuement et à tour de rôle, ne les laissant en paix que lorsqu’ils furent au comble de leur sensibilité. Un simple souffle à cet endroit couvrait ma peau de chair de poule. Il revint à mes lèvres, malaxant et pinçant doucement ma poitrine.

Ce devait faire un bon moment que je ne m’entendais plus gémir. Tu en avais assez là Émilien ? Il y en avait pour ton argent ? Non ? Tant mieux, car j’en voulais plus, je voulais tout, j’étais en feu.

Jason devinait-il mes pensées ou était-ce mon corps qui l’invitait par de subtils mouvements à s’occuper d’autre chose que de mes seins. Il les quitta comme à contrecœur. Il devait les apprécier et j’aimais cette idée. Je me cambrai alors que sa bouche se déplaça jusqu’à mon nombril. Il en fit le tour de la langue, marquant son territoire de jeu avant de lécher mon ventre, ses yeux dans les miens.

Oh oui, il était impressionnant, un peu sauvage sans pour autant être violent et j’aimais ça !

— Jason…

Cette fois, il n’y avait aucun ton de reproche, au contraire, cela le motiva pour la suite, l’incitant à me délester de ma petite culotte. C’est après quelques baisers au travers de la dentelle qu’il tenta d’en pincer le tissu avec les lèvres. Cela ne pouvait pas marcher à tous les coups, il écarta mon sous-vêtement, s’en saisit avec les dents et tira, lentement. Un de mes fantasmes. Tant pis s’il était classique lui aussi. Jason me connaissait mieux que mon mec au final. Il anticipait mes désirs. Émilien pouvait la ramener, il ne s’était jamais attardé entre mes cuisses comme… Oh Seigneur !

Sa langue percuta mon clitoris, me faisant pousser un cri tout sauf humain, j’en reçus comme une douce décharge d’énergie. De la pointe il le titilla, lentement avant de le prendre entre ses lèvres et de l’aspirer par petites saccades. Ça, j’en rêvais depuis toujours. Ma main s’empara de sa crinière puis le pressai légèrement contre ma vulve avant de le relâcher. Je ne voulais pas le forcer, je voulais juste qu’il fasse ce qui lui passait par la tête. À la place, je maltraitais l’oreiller de mes mains, l’étreignant à la limite de le déchirer.

Il aurait pu aisément continuer sur cette voie jusqu’à l’orgasme, pourtant il eut l’idée exquise de taquiner l’entrée de mon vagin du bout du doigt. C’en était trop, ce n’était pas humain. Mon ventre se contracta, j’en eus des spasmes de plaisir, très légers, mais nombreux. Jusqu’à ce qu’il m’emplisse de son majeur.

Impossible de résister. Et d’ailleurs pourquoi résister ? Je craquai, inondant son menton, sa barbe, sa main. Il me maintenait fermement ouverte et abandonna mon intimé pour l’intérieur de mes cuisses, il revint à mon ventre et gravit les derniers décimètres jusqu’à ma bouche.

Nos langues se lièrent rapidement tandis que je le sentais gesticuler, ôter son caleçon et retrouver ses préservatifs sous l’oreiller.

Il se redressa sur les genoux et j’admirai la nudité de son corps tatoué. Une autre de mes questions trouva réponse. C’était proportionnel, à taille humaine cela dit, rien de monstrueux ni d’effrayant. À cet instant il aurait pu me présenter un sexe de la longueur d‘une poutre, je n’aurais pas bronché.

Il se couvrit et se pencha, je le retins.

— Attend, comme ça…

Je me glissai de sous lui, le corps encore engourdi par l’orgasme. Me tournai et lui proposai ma croupe.

— Avec plaisir ma belle.

J’entendis une respiration rauque émaner du coin de la pièce. Mince, je devais l’oublier celui-là, ne pas songer une seconde à lui.

Jason prit mes fesses à pleines mains, les écarta doucement avant de me pénétrer. Pauvre drap, il lui faudrait une sérieuse séance de défroissage vapeur pour s’en remettre. Il ne se montra pas brutal, je pense même qu’il du se retenir pour ne pas véritablement me casser en deux. J’étais aux anges, la salive coulant par la commissure de mes lèvres tant j’étais en transe à chacun de ses profonds coups de reins.

— Tu aimes ça ? fit-il accélérant le mouvement.

J’aurais bien aimé lui répondre, mais ce fut un rugissement guttural qui franchit mes lèvres, à demi étouffé par l’oreiller. Je le mordis. L’oreiller, pas ce pauvre Jason, comment aurais-je pu ?

Mais ça non plus je n’aurais pas été contre.

Lui ne demeurait pas tel un être monotâche, du pouce, il caressait l’autre orifice, celui au goût d’interdit. Et encore complètement vierge. Sensible, cela me procura de nouvelles sensations, appréhendant à la fois qu’il s’y immisce et complètement partante pour un petit essai. Seule une phalange passa l’anneau. Mais l’épaisseur de ses doigts valait amplement celle d’une verge.

Je commençai à flancher, je n’étais plus habituée au coït rapide du vendredi soir. Alors celui-ci, si intense, m’achevait. Il ralentit, malaxa mes fesses, puis mes seins. Je me redressai alors, à quatre pattes plutôt que le popotin en l’air afin d’en profiter pleinement. Il me tira, m’incitant à me redresser sur les genoux, lui laissant libre accès à ma poitrine, mais également à mon entre-jambes.

Qu’il honora de la main jusqu’à me faire hululer.

Oh, Seigneur, j’avais un peu honte. C’était quoi ces cris bestiaux ? Je retombai de côté, trempée de sueur. Comblée. Me tournai sur le dos afin de bien visualiser mon amant. Waw… j’adorais le voir sous cet angle, luisant et le regard fou de l’homme qui vient d’atteindre le paroxysme du plaisir. Il ne me laissa pas vraiment de répit me couvrant de nouveau.

C’était officiel, je ne voulais plus d’une simple couette dans mon lit, plus jamais. Je le voulais lui.

— Tu en veux encore ? demanda-t-il tel un carnivore affamé réclamant de la viande.

— Une petite minute, je reprends mon souffle.

Cela le fit rire. Il avait de quoi être fier de lui en effet. Deux orgasmes d’affilée, ce n’était pas dans mes quotas habituels. Parce que j’étais trop classique ? Peuh ! Peut-être que personne n’avait su m’exciter suffisamment jusqu’à présent.

— J’en veux encore, lui murmurai-je. Fais-moi couiner plus fort.

L’information monta droit au cerveau de mon interlocuteur. Lequel des deux ? Je vous laisse deviner. Il se redressa, me tira en position debout tout en mettant un pied à terre. Sa bouche se posa sur mes seins, mon ventre puis il m’attira au bord, avant de me soulever comme tout à l’heure. Agrippée à son cou, je me doutais d’où il voulait en venir.

Cela n’allait pas me faire mal ? Risquer de me pénétrer trop profondément ? Il fallait être doué d’une sérieuse endurance pour tenir le coup. Ses mains sous me fesses me soulevèrent, m’emboitant parfaitement sur son membre de nouveau au garde-à-vous. Oh non, c’était… c’était… la chose la plus jouissive au monde. Je ne contrôlais pratiquement rien, le laissai m’empaler, aller et venir à son rythme. Rythme qui se fit plus rapide. Et il tenait le coup ! Cela avait du bon de faire l’amour avec un catcheur finalement. Qui d’autre aurait pu me permettre de vivre ça ?

J’avais presque oublié notre spectateur, au bout de quelques instants, il se fit connaître, sortant tout en claquant la porte de la chambre.

Cela freina les ardeurs de mon amant, il me reposa sur le lit. Quoi ? Parce qu’Émilien était parti, il ne voulait plus ?

— Il te paiera malgré tout, ne t’en fait pas ! fis-je dans un élan de frustration.

— Je ne m’en fais pas, juste qu’il est évident que tu as accepté uniquement pour qu’il respecte son marché. Non ?

— C’est pour ça que tu t’arrêtes ? Non ! Enfin… cela y a contribué, mais j’avais envie de toi. La situation était compliquée, j’ignorais si… si nous étions encore bien en couple. Ce n’est pas mon genre de faire des trucs dans le dos. Et tu sembles avoir tellement besoin de cet argent.

— Alors comme ça tu en avais envie ? fit-il tout en se penchant de nouveau sur moi, sa bouche s‘empara de mon sein.

— À ton avis ? Je simulais peut-être ? J’ai pris un de ces pieds…

— Et c’est pas fini.

Il posa un genou sur le bord du lit, me saisit par les cuisses. Cela me rappela mes cours de gym, à tenter de faire le pont. Il souleva mon bassin jusqu’à hauteur de son sexe. Posée uniquement sur le haut du dos et la tête, je le sentis de nouveau là d’où il n’aurait jamais dû partir. En moi.

 

***

 

Il s’allongea à côté de moi finalement, aussi haletant que je l’étais. Bien que hors du commun, il n’en était pas moins homme et je dus tout de même le laisser se reposer un petit peu avant d’en redemander. La chambre ne devait pas être donnée, mais on pouvait dire qu’elle fut amortie. Et tout ça aux frais de mon ex.

Car à présent, plus de doute, c’était terminé.

Si Émilien était parti sans tenter quoi que ce soit ni terminer sa petite séance de voyeurisme, c’était parce qu’il avait compris. Il avait été remplacé. Il y a plus classique comme façon de faire, mais en un sens, c’est lui qui nous y avait poussés.

Suite à cela, les choses se firent comme cela aurait dû depuis longtemps. Nous convînmes d’une séparation, sans pleurs, sans crise et sans se revoir. Restait la question de décider de qui allait quitter l’appartement. Je fis la tête à Muriel un moment puis jugeait qu’elle me devait bien ça. J’allais donc squatter chez elle le temps que des choses plus sérieuses se mettent en place entre Jason et moi.

Il arrive que l’on prenne trop son temps, on tatillonne, on réfléchit, on a peur de se tromper, mais cette fois, rien de tout cela. Le projet de Jason, celui pour lequel il était prêt à se vendre corps et âme, y laissant finalement son cœur, était d’ouvrir un restaurant. Spécialités hawaïennes. Voilà d’où lui venait ce côté exotique indéfinissable. Il lui manquait des fonds, Émilien y avait contribué en lui offrant une grosse partie de l’apport nécessaire à l’acquisition de son prêt. Il quitta son job dès le lendemain de cette fameuse soirée. Et moi, j’allai finalement m’installer chez lui. Je n’avais plus que deux stations de métro jusqu’à mon propre boulot, nous laissant tout le temps de nous câliner chaque matin avant d’entamer la journée.

Désormais, s’il arrivait qu’il parte bosser les yeux cernés, c’était bel et bien d’avoir dû contenter une femme. Et cette femme, c’était moi.

Fin.