L'amant du métro

Romance érotique contemporaine. Nouvelle écrite à la première personne, se lit d’une traite.

Le couple de Lise bat de l’aile depuis pas mal de temps, pourtant elle se refuse à l’admettre. Tout comme son attirance flagrante envers Jason, véritable brute au charme indéfinissable, croisé quotidiennement dans le métro.
Il faudra bien qu’un jour, elle ouvre les yeux et cet homme pourrait bien l’aider à y parvenir.

Extrait

Mon Dieu ! Il est immense ce type !

C’était la première réaction que j’eus lorsque je l’aperçus alors qu’il montait juste après moi dans le métro. Je ne l’avais jamais croisé auparavant ; ce devait être un nouveau venu dans le quartier. Mais ce qu’il pouvait être imposant, il surplombait tous les autres usagers. Oui, tous. Il dépassait le mètre quatre-vingt-dix, je l’aurais juré. Et son look ! De longs cheveux bruns terminés par des mèches blondes, une barbe épaisse. Un véritable bûcheron. Son regard ténébreux annonçait clairement Venez pas m’chercher. Ce n’était pas mon intention. Je détournai les yeux au moment où il posa les siens sur moi et fis mine d’observer dehors. Pas de chance nous étions dans un tunnel et la vitre me renvoya mon reflet. De toute façon il devait me prendre pour une sorte de bécasse lui aussi. Mes cheveux bruns étaient relevés en un chignon boule et je portais une robe droite un peu stricte. J’avais tout du cliché de la secrétaire coincée, pourtant je travaillais comme assistante-fleuriste.

Je jetai un nouveau coup d’œil dans sa direction, il fixait droit devant lui, il avait l’air du type qui n’avait pas beaucoup dormi, légèrement cerné. Ou alors comme dirait l’une de mes meilleures copines, Monica, il avait dû baiser toute la nuit.

Ça devait faire mal de faire ça avec un homme aussi… est-ce que tout était proportionnel chez lui ? Quelle idée de penser ça d’un inconnu. Mais on aurait dit une star du catch. Grand, large, musclé. Il se mit à bâiller sans utiliser sa main. Je plaignais ceux à proximité s’il avait l’haleine chargée.

Je soupirai et regardai la montre à mon poignet. Ce trajet était trop long, si au moins Émilien daignait accepter de déménager. Il n’avait pas l’air de comprendre combien c’était fatigant et stressant de prendre le métro chaque matin et chaque soir, il avait sa voiture lui. Et ne risquait pas de se faire agresser. Cette ligne n’était pas la pire de toutes, mais loin d‘être tranquille. Il arrivait parfois que des ivrognes ou des membres d’une bande montent et cherchent les passagers. Il y avait quelques jours à peine, une femme s’était fait voler son téléphone, avant de déguerpir ils lui avaient mis une droite. La pauvre avait saigné du nez et pleuré durant tout le reste de trajet. Personne n’avait osé bouger, il y avait de quoi.

Mince ! Et si ce type était de ce genre-là ? Trois ados avaient réussi à faire flipper tout le wagon alors un gars comme lui…

Il s’aperçut que je le regardais encore et ne cessait de fixer par ici maintenant, c’était bien ma veine. Vivement que je descende. Pourquoi était-ce si long ?

Ah oui parce que monsieur Émilien refusait que l’on habite en ville. Il disait que c’était trop cher, comme s’il n’en avait pas les moyens. Il aurait suffi de prendre un peu plus petit. De toute façon il ne voulait pas d’enfants. De toute façon, pour en faire, il faudrait qu’il me touche. Ça faisait combien de temps déjà ? Il y avait de quoi déprimer rien que d’y penser. Hier, alors que je réalisais une commande, un montage floral pour le premier anniversaire d’une boutique à Montmartre, je m’étais souvenue que j’avais déjà participé à celle destinée à l’ouverture, une année auparavant. Les fleurs étaient blanches pour l’occasion et je pus dire avec certitude qu’entre temps nous l’avions fait deux, voire trois fois tout au plus.

Est-ce qu’une fellation, ça compte ? Oui, ça compte, alors six. Six sur douze mois, cela faisait une moyenne d’une galipette bimensuelle. C’était peu. Non, c‘était pire que ça, cela se reportait que sur la première moitié. En fait ça devait faire six mois qu’on n’avait rien fait du tout.

Était-ce le début de la fin ? Est-ce que je ne lui plaisais plus ? Est-ce que trois ans de vie commune étaient notre limite ?

Est-ce que je l’aimais encore ?

Cela faisait partie des questions auxquelles je ne parvenais pas à donner de réponse.

Enfin j’arrivai à bon port, je descendis, il demeura à l’intérieur.

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