Projet : Super-chats de gouttières

Super-chats de gouttière

Ce projet sonne un peu comme une comédie romantique et fantastique basée sur des super-héros originaux, et c’était le but au départ. Mais les faits sonnèrent trop sombres pour garder complètement le côté fun de l’histoire. En effet, dès le départ, il y est question d’un combat à mort entre deux êtres qui pourtant s’aiment, de la perte d’un être cher, rien de folichon. Alors là pas du tout.

Sous ses airs de ne pas y toucher, cette romance fantaisiste relate l’initiation de Juliette, se découvrant héritière du pouvoir de ces fameux chats de gouttières, des héros apparus au début du siècle mais dont l’origine remonte à si loin que les règles ont été oubliées, falsifiées. De jeune femme ordinaire, elle devra apprendre à se renforcer, se battre et résister à son pire ennemi alors qu’elle le pensait être son allié : l’autre chat.

Celui-ci se nomme Hugo, fils unique d’une famille aisée, son père chat avant lui et aujourd’hui paraplégique le manipule et se sert de ses pouvoirs pour retrouver un pouvoir ancestral au moyen de divers vols, lui dissimulant son véritable but.

Bref, tout cela sera à découvrir dans Super-chats de gouttières.

A sa place, chapitre 16 – Jour 1

Une main tenait la mienne, douce, apaisante, chaleureuse. J’avais dormi plus qu’une simple nuit, mais au moins cette fois, je n’avais pas mal à la tête.

– Maman ?

Sa voix me répondit, mais malgré ma grande fatigue, quelque chose ne sonnait pas juste. L’on tenait ma main droite et c’était à ma gauche qu’elle répondit. Cette main, quelqu’un la souleva, la porta à ses lèvres, y imprimant un baiser sur le dos de mes doigts.

– Je vais vous laisser un moment, chuchota-t-elle finalement.

J’entendis ses pas s’éloigner et pourtant ma main était toujours en contact. Une douce chaleur l’envahissait, remontant le long de mon bras, traversant une partie de ma cage thoracique pour se loger dans mon cœur, une odeur de musc et de tabac, je n’osai y croire. Les larmes me montèrent aux yeux, toujours clos et je du prendre sur moi pour ne pas me laisser aller à de nouvelles larmes. Par réflexe, ma main se serra dans la sienne.

– Manon.

Il avait l’air embarrassé.

– Je… j’ai tenté de t’appeler, mais finalement c’est une infirmière qui m’a répondu. Pas très sympathique et qui m’a raccroché au nez en disant que tu devais te reposer, sourit-il malgré tout. Alors je suis venu tout droit dès que j’ai pu.

De nouveau il embrassa mes doigts et mon visage se tourna vers lui, Thomas. Je devais lui présenter la mine la plus étonnée qui soit au monde en cet instant, mais il me sourait toujours.

– J’ai compris lorsque Marie s’est réveillée, elle m’a fait une scène incroyable, menaçant de porter plainte pour abus. Finalement, elle a fait ses valises et a filé pour Nice. J’ai cru devenir fou. Je devais partir pour un tournage dans le fond du monde et sans réseau, sans savoir si je te retrouverai. Je n’ai eu tes messages que cette nuit.

– Pas trop déçu en voyant l’original ?

– Tu pourrais presque jouer dans la nuit des morts-vivants, plaisanta-t-il. Mais non, pas déçu du tout. À présent, à mon tour de m’occuper de toi. Du moins, si je parviens à convaincre ta mère de te ramener chez moi. Manon, tu veux bien ? Une nouvelle fois, reprendre à zéro, toi et moi.

A sa place, chapitre 15 – Réveil

Le doute, l’angoisse. Un second vœu, réalisé si brusquement, j’étais revenue dans mon propre corps. Ou bien avais-je rêvé tout cela ?

Ma mère se tenait là assise sur une chaise bien trop peu confortable pour elle et pourtant, elle avait fait cet effort. Fallait-il que lorsque je changeais de corps, m’éveillant au matin, la lumière fût à ce point mon ennemie ? Je réclamai que l’on ferme les stores, par pitié.

Elle s’exécuta et revint, sa voix chevrotante indiquant qu’elle ne devait pas être bien loin de pleurer et l’arrivée prompte du personnel médical, qu’elle avait du appeler les secours dès qu’elle remarqua le moindre frémissement de réveil.

Thomas…

Cinq jours de coma. Cinq jours d‘incertitude où elle crut mourir chaque heure, craignant que je ne me réveille jamais. Je lui avais fait endurer ça, et pourtant mes pensées se tournaient égoïstement vers ailleurs. Thomas.

Je ne tins pas longtemps éveillée, me laissant retomber dans le sommeil, espérant l’y revoir. Si tout n’était qu’un rêve, je en voulais pas me réveiller.

Une journée de plus à flotter dans un brouillard étrange, somnolant, ne m’éveillant que lorsque la douleur se faisait pressante puis repartant une fois calmée par les antalgiques. Ma mère était là de nouveau lorsque je revins à moi au bout du second jour à vagabonder dans cet état. Elle me rapporta qu’un homme était venu me voir ? Était-ce lui ? Non, comment aurait-il pu me retrouver si vite ? Est-ce que cela avait au moins existé. Tout me semblait si présent et si loin à la fois, tel un rêve magnifiquement et tristement réaliste.

Non, il s‘agissait d’un vieil homme. Celui qui m’avait heurté, ses freins lui ayant de nouveau fait faux bond, lorsque je m’étais engagée sur le passage pour piétons. Il était rongé de remords et téléphonait chaque jour depuis afin de prendre de mes nouvelles. À lui aussi j’avais dû mener la vie dure sans le vouloir.

Les infirmières virent, ôtèrent les draps du lit et m’aidèrent à me redresser.

– On vous enlève le baxter, il va falloir manger toute seule maintenant.

Un médecin s’en suivit, me posant quelques questions, vérifiant mes fonctions vitales. Pour lui, tout allait bien. Non, tout n’allait pas bien. Je me sentais comme sevrée. Arrivée au moment fatidique que je redoutais le plus. Le retour à la réalité. La séparation.

– Docteur ? Je… Est-ce que vous avez déjà eu des cas ou une personne dans le coma comme moi a eu l’impression de sortir de son corps ? Ou… de se trouver dans celui d’un autre par exemple ?

Il se mit à sourire, prenant cela telle une histoire totalement improbable.

– Non, jamais. Mais beaucoup rêvent durant tout ce temps. Souvent ils passent leur accident en boucle, vous avez eu de la chance que ce ne soit pas le cas. Vous avez rêvé rassurez-vous. Vous voici de retour parmi nous et en bonne forme. Vous pouvez commencer la kiné cet après-midi.

J’en oubliai de le remercier et de le saluer lorsqu’il sortit. Un rêve ? Non, cela semblait si réel. Mais tous eurent cette même conclusion. Forcément j’avais rêvé.

Je me confiai à ma mère, lui racontant la rencontre fabuleuse que j’avais pourtant faite, que cela ne se pouvait pas. Mais elle aussi, tint à cette version. Se désolant pour moi vu la peine que cela me procura.

– Tu pourras revenir à la maison le temps d’aller mieux, me proposa-t-elle.

Mais je n’eus qu’un léger grognement pour toute réponse. Pourtant, cela ne la découragea pas et elle sortit de son sac à main, véritable fourre-tout de compétition, une boite claire. L’image sur celle-ci en faisant aucun doute sur son contenu. Un téléphone portable !

– Le tien a été brisé lors de l’accident, j’ai pensé que cela te remonterait un peu le moral si tu téléphonais à l’une ou l’autre de tes amies. On l’a ouvert avec ton père et vérifié qu’il était bien rechargé, on t‘a même mis ton ancienne puce déjà.

Je le pris et la remerciais, elle faisait décidément de son mieux. Ayant cru avoir perdu sa seule enfant, celle-ci se montrait plus froide qu’un iceberg depuis son réveil, je m’en voulais subitement.

J’attendis qu’elle quitte l’hôpital, ils étaient assez à cheval sur les horaires de visite. Longuement je fixai le téléphone. Je n’avais pas son numéro, ni son adresse mail personnelle ni rien de tout cela. Mais je pouvais toujours tenter de passer par l’un de ses réseaux sociaux. Seulement… et si c’était véritablement un rêve ? Étais-je prête à assumer ça ?

J’avais vécu avec lui, je l’avais touché, embrassé, passé de merveilleux moments, de moins drôles également, mais qu’importait. Nous avions fait l’amour. Étais-je prêt à vivre avec l’idée que rien ne s’était produit. Que sans doute lui et Marie filaient le parfait bonheur, quelque part à Paris, que je m’étais tout imaginé, tout fantasmé durant ces quelques jours de coma.

Mais vivre sans le savoir n’était pas plus engageant. Je postai donc, dans sa messagerie privée via Twitter, il reconnaîtrait forcément mon pseudo.

[C’est moi, Manon. Je suis à l’hôpital, en fait j’étais dans le coma tout ce temps. Comment vas-tu ? Cela m’a fait un choc au réveil. Appelle-moi à ce numéro…]

La journée s’écoula et le téléphone ne sonna qu’une fois, une fois ou mon cœur faillit s’arrêter de battre, mais c’était ma mère.

Le lendemain, je repostai, indiquant l’adresse de l’hôpital. J’hésitai à ajouter « Je t’aime ». Aucune réaction.

Au soir du troisième jour, finalement, en larmes devant cette absence de réponse, j’explosai. Il n’y avait rien de pire que le silence pesant venant de celui dont on attendait le moindre mot. À tel point qu’une infirmière alertée m’administra un calmant pour la nuit.

Et je du m’endormir, téléphone en main à espérer un signe.

A sa place, chapitre 14 – Nuit

Je m’étais couchée, juste après le dîner. J’avais beau le savoir dans la pièce d’à côté, je me sentais bizarrement seule, paumée dans un monde, un corps, une vie qui n’était pas la mienne. Et pourtant dès que Thomas apparaissait, c’était comme si le rayon de soleil qu’il incarnait transperçait la grisaille de mes doutes.

Encore une fois, que n’aurais-je pas donné pour être avec lui et voici que ce fut le cas, mais que tout empêchait pourtant d’être pleinement heureuse avec lui. En fait, plus je retournai cela dans ma tête et plus l’évidence fut que ce qui n’allait pas fut ce corps. Ce corps qui me permettait justement de toucher à un bonheur inaccessible m’en éloignait encore plus. Je ne voulais plus de ce corps, de toute ma volonté, je voulais redevenir moi !

Il ne me toucherait jamais comme il le souhaitait tant que je serai Marie tandis que je pourrai jamais être pleinement moi-même, cantonnée à jouer son rôle à elle avec tout le bagage qu’elle me laissait en prime. Ses amis louches, son comportement et le pire, le souvenir de ce comportement vis-à-vis de lui. Il me regardait moi, mais la voyait-elle. Je voulais redevenir Manon. Une idée fixe qui ne me quittait plus. Mais la peur de le perdre à cause de cela l’emportait malgré tout. Le prix à payer, le malheur de la petite sirène, se perdre soi-même pour atteindre l’inaccessible.

Je me mis en boule au creux du lit et ne put m’empêcher de sangloter. Sans doute le choc de cette rencontre avec ce type, cela m’avait retournée en plus de tout le reste. Une lueur se fit, brève alors que Thomas ouvrit la porte et la referma aussitôt. Apparemment, il ne dormait pas lui non plus et avait dû m’entendre. Je tâchai d’essuyer mes yeux afin qu’il ne remarque rien, mais il n’alluma pas. S’avançant à tâtons jusqu’au lit, il s’y cogna sans mal avant de s’asseoir sur le rebord.

– C’est à cause de tout à l’heure ? Cela n’arrivera plus, crois-moi.

Une main posée sur mon flanc, remonta jusqu’à l’épaule, cherchant mon visage enroba ma joue, se faisant consolatrice et je me redressai, cherchant sa chaleur, me fondant entre ses bras. J’aurais voulu lui confier mes craintes, mon besoin de redevenir moi-même, mais avec la peur de le perdre, la peur de devoir vivre dans ce corps qui le rebutait. Mais tout cela fut pratiquement effacé lorsqu’il trouva mes lèvres et de nouveau, profitant de l’obscurité totale de la chambre, vint à m’embrasser comme la dernière fois. Il m’embrassait, moi.

S’écartant, il me repoussa, doucement, et je crut qu’il allait fuir, mais au contraire, il souleva la couverture et vint à s’y glisser. Je lui fis de la place, me déplaçant, mais il me rattrapa afin de me tenir contre lui.

– Manon.

Juste ce nom, mon nom afin de me faire comprendre qu’il me visualisait moi en cet instant. Sa bouche revint à l’assaut. Moins timide lorsque la nuit nous enrobait ou que ses yeux étaient clos. Ses mains cherchèrent la lisière du t-shirt que je portais pour dormir et je glissai mes doigts dans ses boucles. Mes doigts, ses doigts à elle et me détachai de ses avances à regret.

– Je suis désolée, je ne peux pas, ce n’est pas moi, ce n’est pas mon corps c’est…

– Chut… L’on peut désirer un corps, mais ce que l’on aime réellement c’est ce qui s’en dégage, ce qui l’anime. Et celle qui l’anime c’est toi. Manon. C’est tout ce qui m’importe.

Je me retrouvai sous lui, portant son poids, ressentant son désir et le laissant caresser et embrasser ce corps d’emprunt qu’il devait déjà connaître par cœur. Mais celle qui ressentait tout son amour et sa passion en cet instant c’était bel et bien moi. Je me laissai aller, oubliant cet énorme détail, m’ouvrant à lui, le laissant me dévêtir. La nuit masquant ce qui aurait tout gâché. Ne laissant que la chaleur, la moiteur, le goût, l’odeur de nos corps en phase. Animé d’un même désir l’un de l’autre, tout simplement. Je le sentais vivant contre moi, et peu à peu, à force de me dompter, d’effacer jusqu’à la dernière de mes appréhensions, je l’acceuillis en moi.

Au réveil, je me sentis lourde, terriblement courbaturée, la tête comme dans un étau. Il faisait jour, je le remarquai au travers de mes paupières closes. Cette lumière aggravait ma migraine, c’en était à la limite du supportable.

Le seul réconfort en ce moment était la douce chaleur d’une main tenant la mienne. Peu à peu, d’autres sensations me parvinrent. Peu agréables. Un léger pincement dans le creux du coude, ma jambe gauche glacée et me semblant maintenue serrée, ma gorge aussi sèche et brûlante qu’un désert. Qu’est-ce qui m’arrivait ? Après une telle nuit, ayant ressenti tant de sensations agréables, excitantes, tendres, passionnées. Pourquoi est-ce que je me sentais aussi mal en point ?

– Thomas ? arrivais-je à prononcer, mais d’une voix si faible qu’il risquait de ne pas m’entendre.

Pourtant quelqu’un m’avait répondu. Et cette voix n’était pas la sienne.

– Manon ! Enfin ! Nous étions morts d’inquiétude.

Cette voix, c‘était celle de ma mère.

A sa place, chapitre 13 – Jour 5 »

Il revint vers moi alors que le photographe chargeait et réglait ses appareils. Tenté par passer sa main dans ses cheveux habituellement bouclés et tombants, il se retint in extremis, ne commettant pas le crime de gâcher tout le travail fait par le coiffeur. Je lui offris sa barre chocolatée, lui conseillant de prendre tout de même garde à ses dents et il m’en remercia.

– Je meurs de faim. C’est la dernière, ensuite on pourra se trouver un coin sympa pour déjeuner.

Je lui souris, mais toujours sous le coup de cette histoire d’Audrey, il devait être bien plus proche d’une grimace de clown triste.

– Ça va ? s’inquiéta-t-il. Tu ne t’ennuies pas trop ?

– Non non, ça va.

– Thomas ? On y retourne ? fut-il rappelé à l’ordre.

C’était reparti pour la séance. Au fond, je me rendais compte qu’il fallait posséder des nerfs d’acier pour être la petite amie d’une personne aussi connue. L’étais-je d’ailleurs ? Ce baiser d’hier soir était-il un commencement ? Ou juste l’envie du moment. À vrai dire, je me sentais un peu perdue subitement. Avais-je les épaules assez larges pour être capable de le suivre dans tout cela ? Excellente question à laquelle je ne savais que répondre.

Je l’avais déjà vu embrasser d’autres femmes sur l’écran sans pour autant me sentir aussi mal à l’aise. Au contraire, je m’imaginais être elles et cela me faisait rêver plus encore. Mais tout cela n’était que du cinéma. Ici, c’était la réalité. Une réalité tout sauf simple comme je l’aurais préféré. Je n’étais ni dans mon corps, ni peut-être même à ma place. Je ne savais comment réagir.

– Tu viens ?

Il me tira de mes angoisses. Il avait ce don. Je ne m’étais pas même aperçue qu’il s‘était changé entre-temps, mais il avait gardé ses cheveux coiffés.

– Qu’en dis-tu ? Cela me va ? Je devrais peut-être changer de look.

– J’aime bien, mais… je te préfère au naturel même si cela te donne un air un peu sauvage. Là tu ressembles un peu à ton espion, mais les cheveux moins longs.

– Ouais, on va croire que je fais un transfert, ria-t-il. Tu savais que la perruque pour ce personnage vaut plus de trois mille euros ? Je voulais leur emprunter pour l’Halloween, mais à ce prix là, j’ai préféré éviter.

– Ah ? Et en quoi t’étais-tu déguisé alors ?

– En pingouin ! Un pingouin et un chat, ç’aurait fait bon ménage tu crois ?

Il me rendit le sourire et je confirmai intérieurement, il avait ce don.

De retour pour la suite des opérations, nous fîmes connaissance avec la fameuse Audrey qui, comme l’avait annoncé l’ami de Marie, craquait littéralement devant Thomas. Au fond, j’étais mal placée pour la juger là-dessus, mais j’espérais simplement qu’elle ne tente pas de le séduire. Malheureusement, ce vœux-là ne fut pas exaucé. J’avais beau être présente, tout le long de l’interview, elle le touchait sans cesse, ses mains, son genou. Moi-même je n’avais pas encore osé tant de familiarité. D’ailleurs, c’était peut-être ça mon problème, j’aurais dû me lancer. Il m’avait pourtant confié ne pas être à l’aise pour le faire lui-même.

À la troisième allusion sur une possible romance entre eux, je me levai. Soit je faisais valoir mes droits de potentielle petite amie soit il fallait que je m’éloigne.

– Je vais aux toilettes, lui dis-je simplement, tentant de paraître naturelle.

Et si Marie était piètre comédienne, alors moi, ce devait être bien pire. Mais je ne mentais pas, j’allai bien dans les toilettes des dames, situées dans le couloir attenant. Me fixant dans le miroir, encore une fois je ne me reconnaissais pas, c’était terriblement déstabilisant à la fin. J’ouvris le robinet, passai un peu d‘eau fraîche sur ma nuque, faisant le point. Je ne devais pas me sentir mal, pas si lui ne répondait pas à ses avances. Après tout, l’on a toujours dit que le show-bizz était rempli d’histoires de ce genre. Et il n’allait pas la remettre grossièrement à sa place, risquant de gâcher l’interview et passer pour un sale type. Bref, je tentai de justifier cette situation à laquelle j’étais confrontée sans m’y être préparée.

Quelqu’un entra et je me redressai, n’ayant nullement l’envie que l’image d’une petite amie dépitée coure dans les couloirs d’ici à cinq minutes. Mais plutôt qu’une femme venue faire la petite commission, ce fut le type de tout à l’heure qui se posta derrière moi.

– Je savais que tu ne résisterais pas à mon charme, plaisanta-t-il.

Mais cela ne l’empêcha pas de joindre le geste à la parole, plus que de se tenir derrière moi, il vint se coller. Ma voilà dans des beaux draps ! J’étais tombée sur l’un des amants de Marie. Et entreprenant qui plus est !

– Heu non… pas maintenant, je n’ai pas envie, tentai-je d’esquiver.

– Oui oui bien sûr, tu me fais toujours le coup. En fait, c’est ça qui t’excite, jouer les saintes nitouches.

Je me glissai pourtant hors de cette embûche, filant vers la sortie mais il me retint, m’attirant à lui avant de me coller dos à la porte de l’une des cabines de toilette.

– Ça suffit ! Fichez-moi la paix ! Je ne suis pas Marie, vous entendez ? osais-je avouer.

Mais à quoi bon, il ne pouvait que croire qu’il s’agissait d’un jeu, attisant plus encore son envie, il posa sa main sur la poignée dans le but l’ouvrir, de nous y engouffrer tous deux tandis que toute tentative de le repousser semblait vaine. Je regrettai mes quelques kilos de plus, peut-être aurais-je pu lui résister mieux que cela !

Le bruit salvateur de la porte se fit entendre au moment ou mes arrières se posèrent durement sur le rabat des toilettes. Pour lui, c’était la victoire, nous étions dissimulés et qu’importait qu’il y ait quelqu’un ici. Pire encore, n’était-il pas tenté justement d’être entendu. Et si je pouvais comprendre que chacun ait ses propres fantasmes, les miens n’étaient pas de ceux-là. En tout cas pas avec lui !

La porte de la cabine à peine fermée qu’elle se rouvrit sans qu’il n’y touche. Une paire de bras l’empoignèrent, le virant proprement de là jusqu’à le rejeter dans le couloir. Je demeurai sous le choc de ce à quoi je venais d’échapper.

– Touche encore une fois à ma femme sans son consentement et je te pète la gueule !

– Parce que tu crois qu’elle ne l’était pas ? Petit con ! Mais va jouer plus loin, minable.

– Thomas, voulez-vous que je fasse venir la sécurité ? demanda alors Audrey.

– C’est bon.

Même lorsque je lui tapais sur les nerfs, lors de nos premiers jours ensemble, il n’avait jamais semblé aussi en colère. Encore une fois, je venais de chambouler bien que ce fut involontairement, sa vie, ses projets, sa journée.

Il m’aida à me relever, me tint par la taille un peu comme si j’avais était blessée aux jambes et que je pouvais avancer seule. L’on me mena dans une pièce attenante, me proposa un gobelet d’eau fraîche provenant d’un distributeur puis on nous laissa à sa demande. Il en avait terminé, nous pouvions rentrer.

– Ça va toi ? Je suis désolé, je n’avais pas prévu qu’un crétin dans son genre allait traîner par ici. Sinon… bref. Drôle de fin de journée, l’autre qui m’a gonflé toute l’interview et toi que l’on agresse dans les W.C. La prochaine sera mieux, promis.

Gonflé ? Voulait-il dire qu’en fait il n’en avait non seulement rien à faire de ses avances, mais que cela l’ennuyait autant que moi ? Il avait décidément un don, oui.