Terminé second enfin avec un ex-æquo des deux premiers. On va dire troisième dans ce cas.

Petit contexte:

6 septembre 1940, il fait chaud, très chaud pour la saison. Nous sommes vendredi, en fin d’après midi. C’est le weekend qui commence.

Le but est de montré le décalage entre l’état d’esprit de votre personnage, et ce qui se passera le lendemain à la même heure: les premiers bombardements sur Londres et le Blitz qui commence.


En cet été 1940, la chaleur se faisant encore suffocante pour la saison n’aidait pas vraiment à trouver de repos tout à fait réparateur, surtout lorsque l’on est logé dans l’une des chambres étriquées de l’Elmers School. Bien qu’en temps normal, je ne m’en plaignais pas. J’avais de ce fait le nécessaire à portée de main et, au final, il ne m’en fallait pas beaucoup plus.

Ne trouvant pas le sommeil donc, je passais une partie de la nuit précédente à écrire, me semblant opportun de donner quelques nouvelles à ma mère ainsi qu’a ma sœur se trouvant depuis peu toutes deux éloignées de Londres. En quelques mots, je leur contais ma routine. Et en d’autres termes, rien de vraiment nouveau. Mon Père, l’austère colonel Evans et ses responsabilités. Moi et mon travail. Bien que ne pouvant le décrire vu qu’il s’agissait des services de renseignements de l’armée, je me contentais d’en survoler l’essentiel, que tout était calme. Le calme avant la tempête aurait dit mon père.

Et c’est au travail justement que je me rendais plus tôt que d’habitude, profitant des quelques instants de fraîcheur matinale avant que les premières vagues de chaleur ne nous retombent dessus. Je longeais la route, à pied et sans vraiment m’attarder à tenter d’arrêter une voiture. Pourtant, l’une d’elles ralentit malgré tout et vint à stopper dans les cinquante mètres plus loin. Soucieux de remercier cette personne pour cette aide qu’elle souhaitait apporter, mais également pour lui signifier que je souhaitais continuer seul, je me hâtais à la rejoindre.

– Bonjour ! C’est très gentil à vous, mais je vais continuer à pied, je ne faisais pas d’auto-stop vous savez. Désolé de vous avoir dérangé pour rien.

À l’intérieur, un homme d’à peu près mon âge, petit, brun et complètement frisé semblait surtout embarrassé. Portant la veste militaire d’un même grade que le mien, je m’attardais donc un peu plus.

– En fait, me fit-il. C’est moi qui aurais besoin de votre aide. Je cherche… il fouilla un instant dans la boite à gants et sortit un papier froissé qu’il déplia avant d’en lire le contenu. Bletchley Park ! Savez-vous où cela se trouve ? Je ne suis pas de la région et je dois y être présent tôt dans la matinée.

– Oh oui, je ne peux que connaître, c’est la que je me rends.

– Alors je vous en prie ! Montez ! Vous m’indiquerez le chemin.

Vu l’évolution des choses, je remis ma marche et mes élucubrations de promeneur solitaire à un autre jour et montais à son bord.

– Je vous assure, vous me sauvez la vie ! Je devais arriver hier soir, mais… enfin, j’ai eu un empêchement. Vous savez les femmes… rit-il un peu timidement. Elle tenait absolument à ce que nous passions cette soirée ensemble et… enfin, dîner aux chandelles et voilà. Vous êtes vous-même fiancé ?

– Heu non… plus actuellement, répondis-je sans vouloir m’éterniser sur le sujet. Mais j’ai une petite idée de ce que vous voulez dire.

Je lui souriais, car il avait l’air aussi tendu qu’un câble de frein le pauvre et continuais la conversation dans l’espoir de le détendre un peu.

– Votre première journée donc ? Quelle unité ? Pourquoi ce transfert ?

– Oui et… oh je suis assigné aux cuisines. Apparemment l’un de vos commis a eu un empêchement et… enfin, je voulais m’éloigner un peu, alors… me voilà !

S’éloigner ? Alors qu’il était fiancé ou pratiquement. C’était un coup à la perdre à force de se faire attendre. Mais étant loin d’être de bon conseil à ce niveau et de connaître toute la subtilité en matière de psychologie féminine, je préférais m’abstenir de tout commentaire. Au lieu de cela, je lui indiquais la route au fur et à mesure, bien qu’il n’y avait rien de compliqué, il était sur la bonne voie et aurait sans doute fini par trouver tout seul.

Après avoir montré patte blanche aux gardes de l’entrée, il se gara enfin. Ma promenade s’étant écourtée et me voici arrivé en voiture, j’étais donc sacrément en avance et comptait donc en profiter pour l’accompagner jusqu’aux salles de cuisine. La cafétéria étant toute proche, je n’aurais qu’a y repasser ensuite pour prendre un thé.

Mais avant toute chose, je tins tout de même à faire les présentations dans les règles une fois descendus de la voiture.

– Je vais vous indiquer où se trouvent les cuisines, mais avant cela… Sergent Thomas Evans, fis-je en le saluant.

– Oh merci et… Sergent James Knight, me retourna-t-il de la même façon.

James… Knight ! J’en perdis subitement ma bonne humeur. Se pourrait-il que ce gringalet faisant facilement une demi-tête de moins que moi soit… Non ! Emily ! C’est ça le type dont tu es tombée amoureuse ! Me dis-je stupéfait.

Mon sang ne fit qu’un tour, bouillonnant intérieurement tant je rêvais de l’attraper par son fond de pantalon, le balancer dans l’auto et de l’amener manu militari dans le Kent pour s’expliquer. Mais impossible d’imaginer faire cela ici et maintenant. Forcément, j’avais sans doute dû changer de mine et lui même devint pâle comme un linge.

– Quelque chose ne va pas sergent ?

Sa voix, mal assurée ne pouvait que confirmer mes doutes. Est-ce que mon nom lui rappelait cette malheureuse jeune fille qu’il avait abandonnée enceinte… ma propre sœur ! Est-ce qu’il se souciait seulement de son sort ? Je soufflais, tentant de me contenir, mais c’est froidement que j’amenais la suite.

– Je pense que nous avons une connaissance en commun Sergent Knight. Et j’espère que vous avez compris de qui je veux parler. D’ailleurs, pour ce qui est de parler je…

Mais il ne me laissa pas le temps de continuer. Dans un sursaut, je le vis tenter d’ouvrir la portière de sa voiture afin de s’y engouffrer précipitamment. Et il pensait m’échapper comme ça ? Sans même discuter ! Et mon rêve que de pouvoir un jour le tenir entre mes mains se réalisa alors que je le tirais en arrière et le plaquais contre la tôle de son véhicule. Autour de nous, quelques regards se faisaient interrogateurs et je du le lâcher à cause de cela. Évitant les ennuis et tâchant de me calmer.

– Tâche au moins une fois dans ta vie d’agir en homme, lui fis-je.Es-tu au moins au courant de ce que tu as fait ?

– Oui, oui, je suis désolé, vraiment désolé. Mais je ne le referai plus ! C’est juré. Je trouverai de l’argent je ferai ce qu’il faut, mais…

Le voilà qui se montrait plus raisonnable. Bien que ce n’était d’argent qu’il s‘agissait. C’était bien plus que cela. Et à vrai dire, cela devait se régler entre lui et Emily.

– Bien. Tant mieux si tu acceptes une entrevue, je vais organiser ça…

– Une entrevue ! Non, jamais !

Et le voilà qui m’échappe et file au hasard, entre les baraquements. Moi a sa suite. Ayant pour avantage certain de connaître les lieux mieux que lui, je tente de les contourner et le prends à rebrousse-poil. Mais bien que cuistot, il est également aussi bien entraîné que n’importe quel autre militaire et sa cadence de course, je dois l’avouer, est hors norme. Mais ma motivation à ne pas le laisser filer et disparaître à nouveau l’est tout autant. Nous revenons vers la cour principale, sous les yeux même des quelques rares employés présents ayant assisté au début de la scène. Ceux-ci s’interrogent, perplexes.

Knight prend alors l’initiative d’entrer dans le bâtiment principal, effrayant au passage une jeune secrétaire passant par la et portant une pile de dossiers. Ceux-ci finissant par terre. Je n’eus le temps ainsi que le réflexe de les contourner sans les piétiner et de l’entendre nous maudire tous deux sur le travail de classement qui serait à refaire.

S’enfonçant plus loin, il trouve lui-même les cuisines au final et tout à fait par hasard, les traversa de façon toujours aussi pressée, causant un vacarme de plats renversés et d’insultes sur son passage. J’eus de même droit aux mêmes qualificatifs.

Vu l’heure matinale, j’espérais tout de même, que nous n’ayons pas à croiser de supérieur avant que je ne le rattrape. Même si l’envie ne me manquait pas, je me voyais mal lui administrer de correction sans risquer de sévères ennuis, mais qu’il se refuse à même vouloir en parler, me mettait hors de moi. Quelle facilité déconcertante que de fuir devant ses responsabilités. Emily, elle, porte chaque jour cet enfant, le mettra au monde, le verra grandir et devenir un homme (ou une femme, mais notre mère tend à penser qu’il s‘agira d’un garçon) et lui, compte s’en sortir comme ça ? Ni vu ni connu ?

Je freinais subitement, voyant qu’il s’engageait à présent là où je n’aurais pas osé moi-même. Mais il ne connaissait pas les lieux après tout et l’inévitable arriva. Je le suivais malgré tout, m’attendant à ce genre de conclusion, sans pour autant la voir arriver de façon si… percutante !

Knight venait tout bonnement d’emboutir l’un des commandants. Et bien comme il se doit, puisqu’ils tombèrent tous deux à la renverse. Cela stoppa sa course aussi sec, la mienne par la même occasion ainsi que celle de deux autres soldats que je n’avais pas encore remarqué et qui s’essoufflaient à vouloir nous suivre afin de nous arrêter depuis tout à l’heure.

Tout ce beau petit monde filant ensuite tout droit dans le bureau du supérieur. J’allais en prendre pour mon grade certainement et l’entendre me donner du « Votre père le colonel par-ci… de l’art de montrer l’exemple par la… ».

Au garde-à-vous, n’osant bouger d’un cil forcément après ce qui s’était produit, nous voici questionnés. Moi, fulminant encore, mais bien moins, lui des plus nerveux. L’on nous interroge et il me semble d’emblée que ni lui ni moi ne souhaitons aggraver la situation.

– Je tentais de rattraper le sergent Knight, commandant.

– Et puis-je savoir pourquoi ?

– Affaire personnelle. Familiale, commandant.

Il se tourna vers Knight et lui posa les mêmes questions.

– Je… je tentais de lui échapper commandant.

– Et pourquoi vous échapper, sergent ? commençait-il par se lasser.

– Je pensais qu’il… que le sergent Evans voulait me casser la gueule commandant.

– Sergent Evans, est-ce que vous vous prépariez à faire ?

– Négatif commandant, je voulais surtout lui parler, mais le sergent Knight a préféré fuir, j’ai donc tenté de le rattraper dans ce but.

Notre pauvre officier se frotta l’arrête du nez d’un air las puis nous assigna à passer un moment en isolement afin de… je le cite… « nous calmer et enfin discuter plutôt que de causer le trouble ». Il n’avait pas pris la chose plus gravement que cela au final, prenant en compte qu’il s‘agissait d’un malentendu, mais préféra marquer le coup plutôt que de nous laisser repartir et risquer une autre course poursuite dévastatrice.

Nous nous retrouvions donc, bêtement assis côte à côté et sur un même banc en isolement. Bien qu’il eut préféré se placer à l’extrémité. Au moins, il me fallait voir les choses du bon côté, j’avais enfin ce que je souhaitais, je pouvais lui parler sans qu’il ne s’échappe cette fois.

– Et que comptes-tu faire à présent ?

– Rembourser, quoi d’autre ?

Il revenait à la charge avec cette histoire d’argent et sincèrement, je ne voyais pas ce que cela venait faire là. À quoi songeait-il ? Qu’Emily allait accepter qu’il rembourse les frais d’hôpitaux ou bien même le prix des couches. Son sens de la logique m’échappait.

– Mais rembourser quoi au juste ?

– Ma dette ! fit-il haussant les épaules comme si cela coulait de source.Je sais que Monsieur Patillo attend depuis longtemps que je le rembourse, mais j’ai eu quelques retards et…

– Attend ! Stop ! Quel Monsieur Patillo ? Je te parle d’Emily. Emily Evans, la jeune fille que tu as laissée tomber une fois enceinte !

– Hein ? Mais jamais… je ne la connais même pas cette Emily ! Ma fiancée s’appelle Janet !

– Tu… tu ne connais pas Emily Evans ? me répétais-je afin de bien m’assurer de la situation.

– Non bien entendu !

– Mais alors, cette fuite et…

– Mais je croyais que tu connaissais Patillo moi, je lui dois de l’argent, dette de jeu. Oui, je dois absolument me calmer avec ça, mais… rha c’est plus fort que moi et enfin, je me suis mis dans le pétrin, je n’ai pas su le rembourser. C’est pour ça que j’ai choisi de venir ici. Le temps de pouvoir mettre de côté et…

– Et… tu ne connais pas d’Emily.

– Mais non !

James Knight… mais quel satané patronyme ! C’aurait été un John Smith que je me serais tout autant trompé de type. Oh je ne devais pas avoir l’air bien fin de l’avoir ainsi poursuivi pour rien. Mais au final, il ne m’en voulait pas trop, préférant ce quiproquo à une rencontre avec un réel usurier. Par contre, pour ce qui était de la petite secrétaire qui devait maintenant reclasser tous ses papiers par notre faute, c’était moins sur.

L’on nous relâcha en fin d’après midi et, forcément, avec tout cela il fut en retard pour son premier jour en cuisine. Quant à moi, j’avais raté ma journée de travail. Quand j’allais écrire ça à Emily…

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