Dr Alexander Gray
Alexander Vlahos

Mini contexte

Alexander participe à une expérience originale, demeurer une année dans une ville autonome et coupée du monde afin d’y vivre de manière optimum. Les habitants étant casés par binomes, il est tombé sur une jeune femme, sympathique, gaie, vive… en fait, tout son contraire.

Elle lui demande depuis quand il est médecin.

Immanquablement, elle me retourna la question d’une certaine manière. Je fouillais un peu dans ma mémoire, rebondissant sur le début de mes études, période qui aurait du être parfaite mais qui, au contraire, me laissais un sale goût dans la bouche. Je me renfrognais un peu, me maudissant d’avoir posé cette question, j’aurais du me douter qu’elle en ferait de même. Mais soit, allons jusqu’au bout puisque j’avais lancé les hostilités.

– Environ deux ans. Mais comme je n’ai pas suivis le cursus traditionnel, je me suis assez vite retrouvé dans le bain. Les stages, l’internat, les études de cas. Le tout durant cinq ans. Pour finir les années de postgraduate training. Autant dire que je baigne dans cette ambiance depuis pas mal de temps, une dizaine d’années pour être exact. Vous savez tout.

Pour un résumé de C.V., c’en était un à ne pas en douter. J’avais par chance pu sauter une année ce qui me permis d’atterrir plus tôt que prévu en plein délire. A 17 ans à peine, l’un des plus jeunes stagiaires, on pouvait dire que j’en avais pris plein les dents au début mais je ne me laissais pas faire. Sans doute que c’est à cette époque que j’ai commencé à me forger. Les heures longues et éprouvantes, la maladie, la souffrance, la mort elle-même rodant dans ces couloirs aseptisés, toujours à l’affût d’une erreur d’inattention. La fatigue aussi. La rage qui prend aux tripes lorsque l’on échoue. On en bavait tous. J’avais été un bon élève mais pas un étudiant facile, piquant au vif mes professeurs, à la limite du renvoi parfois. Mais côté travail fournis, rien à dire.

J’étais conscient d’avoir été un peu la bête noire vis à vis de mes collègues. Trop perfectionniste, intransigeant, froid, machiavélique même selon certains. Et d’ailleurs, je me demandais d’où leur venait cette idée. Parce que je ne fraternisais pas, parce que je n’étais pas à la machine à café à perdre mon temps à écouter les ragots ou à rire bêtement avec les infirmières, parce que curieusement je n’en n’avais culbuté aucune (ni aucun infirmier non plus), parce que plutôt que de compter les jours, je ne comptais pas les heures.

Et pourtant ce travail c’était moi, ma vie, ce qu’il m’en restait. Il avait balayé tout le reste. Une vie de famille, des gosses peut être, des vacances à la mer chaque été. La méditerranée, la mer de mon enfance, dix ans que je n’y étais plus retourné préférant m’enfermer derrière d’autres murs blancs que ceux des villages de Crète. Sauvant ceux qui pouvaient encore l’être. Me maudissant de ne pas avoir été la.

Merde, j’allais trop loin ! Je passais une main dans mes cheveux, trop longs n’est-ce pas ? Pas sérieux pour un médecin. Qu’importe. Je revenais sur la blondinette à mes côtés, elle devait me trouver bien silencieux tout à coup ou bien n’avait-elle même pas remarqué qu’en l’espace d’une minute, j’avais parcouru des années.

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