Passion dans l’espace, chapitre 6

Subitement, j’en venais à penser que ce premier ordre n’était pas le plus odieux. Son regard se porta vers son lit. Immense. On aurait pu y dormir à trois ou quatre. Il ressemblait à un nid douillet fait de voilages, de coussins et de diverses peaux soyeuses. Je ne doutais pas que l’on y dormait bien, par contre j’étais certaine que ce n’était pas ce qu’il attendait de moi. Je reculai encore, il faisait un pas à chaque fois que j’en exécutais un autre.

— Ça non plus, je…

Il se moqua.

— La fille de notre cher gouverneur serait un modèle de vertu ? Alors ça, c’est cocasse. J’ai du mal à y croire. Ne dit-on pas tel père telle fille ?

— J’ignore de quoi vous parlez.

— Il ne t’a pas fait de confidences ? Il avait pourtant l’air fier de lui… lorsqu’il a volé ma femme !

Si jusque là il semblait s’amuser tel un chat face à sa proie, ses mots devinrent durs et son regard froid. Il mentait, c’était évident qu’il mentait, mon père ne pouvait être pas ce genre d’homme. Il devait certainement se tromper.

— Vous mentez !

Il s’avança et j’imaginais alors très bien quel sort ignoble il me réservait. J’observai autour de moi et aperçu un panier de fruits sur la table de chevet. Dans un acte désespéré, je me ruai dessus et m’emparai du couteau destiné à éplucher les plus coriaces, le pointant vers lui.

Cela le fit rire aux éclats puis redevenir sérieux. Sans craindre le moindre mal, il se saisit de mon poignet et le tordit, juste assez pour que je lâche. De son autre main, il attrapa l’arme improvisée avant qu’elle ne tombe et sol et la lança en direction de l’une de ses bibliothèques. Il le fit avec tant de force qu’il alla se fixer profondément dans le bois verni.

— Au moins toi tu frappes de face et non dans le dos. Et tu as le courage de t’attaquer à plus fort que toi. En effet, vous ne vous ressemblez pas.

Il me repoussa en arrière et je trébuchai contre la table.

— Cesse de jouer et obéis-moi. Je te laisserai peut-être repartir si tu fais tout ce que je demande sans rechigner. C’est un bon marché non ?

— Vous me tuerez ensuite.

— Non.

— Qu’est-ce qui me le prouve ?

— Ma parole. Je sais que nous ne valons pas cher à tes yeux, mais nous, pirates, lorsque nous donnons notre parole, nous la tenons. Pas comme les gens de ton espèce. Je ne te tuerai pas et tu pourras partir si tu le souhaites. Mais je ne le répéterai plus, déshabille-toi.

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